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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/289

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accomplirons, en tout et pour tout, que nous ne demanderons jamais à nous en faire relever, et que, si quelqu’un le demande pour nous, ou que cela nous soit accordé motu proprio, nous ne nous en servirons ni prévaudrons…

« En foy de quoi, etc.

« Signé à Marly, le vingt-quatre novembre, avant midi [1]. »


XII

En exigeant qu’on insérât dans les actes de renonciation sanctionnés par les cortès la clause qui stipulait l’avènement d’un prince de Savoie au trône d’Espagne, pour le cas où la race de Philippe V viendrait à s’éteindre, en obtenant ainsi, pour son allié fidèle, un privilège magnifique, l’Angleterre avait fait, disaient bien haut ses ministres, triompher la cause de l’équilibre européen, si prudemment fondé par les traités de Westphalie. S’il était inadmissible qu’un même souverain fût, à la fois, roi d’Espagne et roi de France, il convenait de prendre, dans la mesure du possible, toutes les précautions nécessaires pour éviter qu’un prince autrichien régnât un jour à Madrid, où les complots des grands seigneurs et les intrigues des moines pouvaient rappeler la maison de Hapsbourg. Toutefois, le mariage d’un prince de cette maison avec une reine d’Espagne pouvait l’y faire rentrer par une porte dérobée. C’était là un péril que les ministres de la reine n’avaient pas prévu, mais auquel avait songé longuement Louis XIV, péril d’autant plus grand, d’autant plus prochain, qu’en vertu des coutumes castillanes la couronne était héréditaire, pour les femmes, par ordre de primogéniture. Abolir ces coutumes, y substituer toutes les rigueurs de la lui salique, ainsi que l’eût désiré tout d’abord le grand roi, il n’y fallait pas songer un instant ; c’eût été provoquer témérairement, dans tout le centre de la Péninsule, un mécontentement redoutable ; mais les modifier prudemment ; faire comprendre aux Espagnols, qui chérissent leurs usages et ont horreur de l’étranger, que, dans leur propre intérêt, il serait habile, non pas d’exclure du trône les infantes, mais d’y appeler, avant elles, tous les descendans mâles de Philippe v, en ligue directe ou collatérale, à la seule condition qu’ils fussent nés sur le territoire du royaume ; obtenir, non-seulement qu’ils obtempérassent, sans murmurer, à cette utile transaction, mais encore

  1. La renonciation du duc d’Orléans avait été signée le 19 novembre au Palais-Royal.