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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/280

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Interrompons un instant Bonnac pour résumer, en quelques lignes, la très longue, très adroite, très éloquente harangue que don François de Quincocès, chevalier de l’ordre de Saint-Jacques, du conseil de sa majesté, son secrétaire de la chambre et états de Castille, lut solennellement devant les cortès d’Espagne, le 5 novembre 1712, au nom du roi Philippe V. Elle débuta par un exposé historique de la situation, rappelant, en termes habiles et colorés, le testament de Charles II qui a donné la couronne au duc d’Anjou, issu, par son arrière-grand’mère, du roi Philippe IV ; — l’accueil enthousiaste que fit l’Espagne à son nouveau souverain et les sermens qu’elle lui prêta ; — les puissans efforts des coalisés pour le triomphe des vues ambitieuses de l’empereur Léopold ; — les principaux épisodes de la lutte furieuse et sanglante « durant laquelle la loyauté naturelle des Espagnols donna un lustre nouveau à leur amour et à leur respectueuse fidélité envers Sa Majesté en sacrifiant glorieusement, en toute occasion, leurs vies et leurs biens pour sauver leur honneur et leur liberté ; — les secours efficaces et généreux du roi très chrétien, avec lesquels on a contenu, battu et repoussé l’ennemi de presque tout le continent de la Péninsule ; » — les sacrifices considérables auxquels il a consenti pour soutenir la guerre et pour obtenir la paix ; — les prétentions inacceptables des alliés ; — l’intervention opportune et utile de l’Angleterre ; — enfin, la réunion d’un congrès à Utrecht et la suspension d’armes. « Comme un des principaux mobiles de la guerre a été d’empêcher que les couronnes d’Espagne et de France fussent jamais réunies sur une même tête, on a regardé comme le premier fondement de la paix la nécessité d’établir avec certitude qu’en aucun temps et par aucun accident, ces deux monarchies ne se réunissent en la personne d’un même prince. » Philippe a pu choisir entre les deux couronnes. « Sa générosité royale ne délibéra pas un moment et n’eut pas le moindre doute sur le parti à prendre,.. nonobstant les propositions qu’on lui faisait de nouveaux avantages que l’on avait crus propres à le persuader, mais qui ne lui eussent pas permis de vivre et de mourir avec des sujets si aimés et si fidèles… L’Angleterre a cherché le moyen de mettre à exécution la résolution du roi notre maître comme le fondement pour assurer l’équilibre des puissances de l’Europe. » Cet équilibre serait violemment troublé a si, au défaut de la postérité de Sa Majesté, ce que Dieu veuille détourner, le cas arrivait que cette monarchie retournât à la maison d’Autriche… Il a donc été convenu et accordé par l’Angleterre, et avec Sa Majesté le roi très chrétien, qu’à défaut du roi notre maître et de sa postérité royale, la succession de cette couronne passera à la maison de M. le duc de Savoie, qui descend de l’infante Catherine, fille de