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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/275

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affaires aussi importantes. Le mieux serait que le roi d’Angleterre fit cesser votre titre et vous laissât à Madrid jouissant des mêmes avantages dont vous avez dû jouir jusqu’à présent. En attendant qu’il vous envoie ses ordres, vous ne pouvez mieux faire que de suspendre toute fonction d’envoyé,.. en sorte que le roi d’Espagne ne se trouve pas embarrassé entre les ménagemens qu’il voudra observer pour le roi d’Angleterre et les égards qu’il faut qu’il ait aujourd’hui pour la reine de la Grande-Bretagne [1]. »

Le chevalier avait prévu ces ordres, qui furent confirmés quelques jours après par Jacques-Edouard lui-même, et, bien avant de les avoir reçus, il s’était, sur les conseils réitérés de Bonnac, exécuté sans résistance, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, avec un empressement dont lui sut gré Louis XIV.

Arrivé à Saint-Sébastien dans les premiers jours de septembre, le comte de Lexington avait déclaré tout net qu’il ne mettrait pas les pieds à Madrid tant que Bourk serait revêtu d’un caractère officiel et qu’on verrait les armes de la Grande-Bretagne décorer la façade de sa maison. Ces armes disparurent. Le chevalier demanda et obtint une audience de congé, et, s’il ne cessa pas de se rendre au palais, où il devait se rencontrer, plus d’une fois, avec Lexington, ce fut en simple courtisan, toujours écouté avec attention par le roi, toujours bien accueilli de la reine, dont le noble cœur n’eût pas voulu qu’on éloignât de sa personne ce respectueux et fidèle ami de la première heure. « vous avez vu depuis, par les ordres qui vous ont été envoyés, — manda Torcy à l’ancien représentant de Jacques III, — que la démarche que vous avez faite en quittant le caractère dont vous étiez revêtu est entièrement conforme aux intentions du roi d’Angleterre, et il n’y a qu’à louer la manière dont vous avez pris votre parti sur ce sujet, dans une conjoncture où il n’y avait pas de temps à perdre, pour prévenir les difficultés qu’il était aisé de prévoir. »

Philippe médite, d’après les conseils de Bonnac, de recevoir solennellement à Madrid lord Lexington, comme son aïeul a reçu Bolingbroke à Fontainebleau. Ce serait commettre une faute contre les lois de l’étiquette et aussi contre la dignité royale, puisque les fonctions de l’envoyé britannique ne sont pas encore officielles, puisque sa mission, qui consiste surtout à contrôler publiquement les actes du roi et des cortès, a un caractère de méfiance qui frappe tous les regards. Les représentations du chevalier et le bon sens de Louise-Marie épargneront cette faute au jeune roi [2]. Lexington,

  1. Torcy au chevalier du Bourk. Versailles, 26 septembre 1712.
  2. Du Bourk à Torcy, 16 octobre 1712.