Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/234

Cette page n’a pas encore été corrigée



CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 août.

Ce n’est point décidément jouer de bonheur. Si l’on croyait en avoir fini, ne fût-ce que pour quelques mois, pour quelques semaines, si l’on se flattait d’avoir la trêve de la saison, une trêve sans émotions, sans incidens trop graves et sans alertes, on se trompait étrangement. On ne sort pas des crises intérieures ou extérieures qui se succèdent comme pour rappeler sans cesse tout ce que la vie contemporaine a de précaire. On est réduit à se débattre dans une atmosphère obscure et troublée, où l’opinion a souvent de la peine à se reconnaître et à se ressaisir. A la place des grèves, qui ont, il est vrai, à peu près cessé par lassitude, par épuisement, il y a eu, depuis quelques jours, des agitations de scrutin et des élections qui sont certes le signe le plus frappant de nos incohérences publiques. D’un autre côté, à défaut des parlemens, qu’on accuse toujours d’être les grands trouble-fêtes par leurs discussions indiscrètes, et qui sont partout en vacances aujourd’hui, ce sont les hommes d’état qui se chargent de tenir le monde en éveil et en suspens par leurs rencontres, par leurs entrevues mystérieuses et suspectes. Il n’y a, par le fait, de vrai repos ni pour la France perpétuellement agitée, ni pour l’Europe, qui se sent menacée au moindre incident, à la moindre difficulté. Il n’y a surtout pas de trêve dans nos affaires intérieures, livrées à toutes les influences, à tous les conflits, à toutes les incertitudes ; — et assurément une des expressions les plus singulières, les plus surprenantes de cet état maladif où se traîne la France, c’est cette triple élection du général Boulanger, qui vient de retentir, qui a provisoirement une signification assez évidente : c’est une crise qui continue, qui va on ne sait à quel dénoûment ; c’est le hasard introduit par l’imprévoyance et par les fautes des partis dans nos affaires françaises. Voilà, certes, une diversion faite pour animer ce temps de vacances !

Tout est réellement étrange dans cette aventure poursuivie par une