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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/228

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adaptation du Capitaine Burle) : de bonne foi, les auteurs véritables sont les créateurs du roman ou de la nouvelle, MM. de Concourt et M. Emile Zola. Or ce n’est pas à des maîtres, à des adultes, que nous devons demander le secret de l’avenir. On connaît ce qu’ils ont pu faire ; ils sont classés, n’est-ce pas, et qui sait ? les novateurs que nous, cherchons les rejetteront peut-être en courant, d’un coup de talon, dans la fosse commune des classiques ! Auprès d’Iphigénie, peut-être, ils enverront reposer Henriette Maréchal ; auprès d’Athalie, la Patrie en danger ; auprès de Rodogune, Thérèse Raquin. En avant, en avant ! .. Ah ! les gaillards, de ce train-là, ils iront loin. Atteignons-les, cependant : tous jeunes, à la bonne heure ! L’année parisienne a son printemps.

Voyons ses fleurs, à ce printemps. Hé ! mais, la société presque entière en paraît émaillée… Voici, à mi-côte, quatre comédies de mœurs bourgeoises : la Prose, la Sérénade, la Pelote, Esther Brandès, chacune en trois actes ; un peu au-dessus, voici une petite comédie et deux scènes de mœurs plus élégantes : Monsieur Lamblin, Au mois de mai, Entre frères ; au-dessous, trois tableaux de mœurs ignobles : Belle Petite, Lucie Pellegrin, En famille.

La Prose ! Un couple de négocians veut marier sa fille unique, la marier à un monsieur qu’elle n’a jamais vu, qui ne l’a jamais vue : les fortunes se conviennent. Cependant cette jeune personne est touchée de l’amour discret d’un ami d’enfance, d’un petit commis élevé par son père : un beau soir, elle le suit ; où cela ? Chez sa sœur, à lui, une blanchisseuse : il la laisse respectueusement, l’espace d’une nuit, sous ce misérable toit, pour l’éprouver. Le lendemain matin, sans attendre la visite de ce garçon, elle rentre chez ses parens ; séance tenante, elle accorde sa main au notable agréé par eux, qui n’ignore pas son escapade… Faut-il expliquer le titre ? « La prose » a raison de la poésie. — Et d’une !

La Sérénade… (Rien de Regnard ! D’ailleurs, « la Sérénade » en question n’est qu’une pièce de vers, composée par un des personnages que voilà, et déclamée par lui en diverses conjonctures, mais toujours dans la coulisse.) Autre ménage de commerçans ; ceux-ci ont une fille nubile et un petit garçon. Le petit garçon est pourvu d’un précepteur ; au premier acte, il appert que ce précepteur est l’amant de la mère ; à la fin du second, comme le père a surpris la chose, la fille se jette à genoux entre ses parens : « Pardon, pardon, mon père ! .. » Hé ! quoi, allez-vous dire, c’est l’air d’Henriette Maréchal ! Oui, mais, cette fois, la chanson dit vrai : l’amant de madame est aussi l’amant de mademoiselle, — depuis trois mois, au moins : on le verra bien dans six mois… Sans attendre jusque-là, au troisième acte, avec l’assentiment résigné de son plus vieil ami, de son associé, — qui d’abord lui conseillait un massacre général, —