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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/183

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L’âme simple dont nous allons retracer l’histoire n’était pas du tout une belle âme. Elle n’avait aucune des nobles qualités qui font les héros ou les saints, et les vertus plus humbles de l’humanité moyenne étaient chez elle comme étriquées. Jetée par le hasard au milieu d’événemens gigantesques et tragiques, elle n’en fut ni élevée au-dessus d’elle-même ni écrasée, parce qu’elle n’en comprit pas la portée. Le dénûment de cette âme est précisément ce qui nous attire vers elle. Lorsqu’on a fait le compte de ses sensations, pesé ses sentimens, mesuré ses idées, et qu’on a vu combien les idées étaient bornées, les sentimens médiocres, les sensations peu nombreuses et vulgaires, on comprend combien il est injuste de demander beaucoup aux millions de sœurs qu’elle a sur la terre. C’est pourtant ce que nous faisons tous les jours, faute de savoir calculer ce qu’elles peuvent donner et de nous être assez intéressés a elles pour les interroger avec patience et sympathie.

Cette âme simple appartenait à un paysan anglais nommé William Lawrence, qui ne savait pas écrire et qui a laissé des