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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/171

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Pour les neuf politiques asiatiques, 6 millions 1/2, sans parler de 5 millions pour la construction de chemins de fer stratégiques qui ne rapporteront jamais un sou, sans compter une addition probable de 2 millions au budget militaire de l’Inde. Contribuables, faites le total, et comptez combien d’argent l’homme aux trente-sept politiques a fait sortir de vos poches ! »

Il semble que ce discours de Bow fut le coup de grâce. Cinq jours après, à propos des droits sur la bière, sur une motion de sir Michael Hicks Beach, le grand ministère Gladstone s’écroulait, en minorité de douze voix. Avant même que le résultat fût proclamé, en voyant le secrétaire tendre aux tellers de son parti le précieux papier qui indiquait le résultat du scrutin, lord Randolph sauta sur la banquette et agita frénétiquement son chapeau au-dessus de sa tête en poussant des hurrahs de triomphe, auxquels tout le jeune torysme, électrisé, fit un bruyant écho. Ce fut sa dernière gaminerie : quelques jours après, il était ministre.


III

Il passa d’abord plusieurs mois à l’India-Office, où il contribua au règlement de la question des frontières afghanes. D’après ce règlement, les passes de Zulfikar restaient dans la possession de l’émir, c’est-à- dire de ses alliés, les Anglais. Retenu à Londres par les affaires de son département, lord Randolph ne pouvait aller lui-même à Woodstock solliciter le renouvellement de son mandat. Lady Randolph Churchill, son énergique et charmante femme, escortée, comme Mme de Longueville, d’aides-de-camp féminins, se rendit sur le terrain, mena la campagne, et enleva l’élection.

Les mains liées, n’osant rien faire, ce premier ministère Salisbury vécut d’une vie assez étroite, sous le bon plaisir de ses ennemis et dans l’attente des élections qui le renversèrent. On sait ce qui suivit : comment Gladstone, rentré triomphant au pouvoir, se vit abandonné d’un tiers au moins de ses partisans lorsqu’il inscrivit l’autonomie de l’Irlande sur son programme ; comment il fit appel au pays, et comment le pays lui donna tort ; comment enfin lord Salisbury, après les secondes élections de 1886, redevint premier ministre, en s’appuyant sur une majorité compacte, formée de tous ceux pour qui la séparation de l’Angleterre et de l’Irlande était un crime de lèse-patrie, majorité solide et destinée, selon toute probabilité, à durer aussi longtemps que M. Gladstone vivra pour la tenir en échec. Lors de ce second avènement de lord Salisbury, lord Randolph Churchill reprit place dans le cabinet, non plus comme ministre secondaire, mais comme leader de la chambre des communes et comme chancelier de l’échiquier… Enfin !