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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/140

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microbes de la rage : hypothèse, il faut le reconnaître, qui est encore tout entière à vérifier.


VI

Mais voici que nous venons de parler de la vaccination contre la fièvre typhoïde et contre le choléra : ceci est presque la science de demain, et nous conduit à l’époque présente, où la microbiologie, ou plutôt la bactériologie, — pour employer un terme plus exact, qui s’est substitué au précédent dans le langage des savans, — a fait toutes ses preuves, est décidément constituée comme science, et a pris la place à laquelle elle avait droit dans de nombreux laboratoires des mieux installés, où se pressent de nombreux élèves. L’origine de ce mouvement, qui a été si rapide et si entraînant, nous ne craignons pas de le répéter, ce sont les admirables travaux de M. Pasteur sur le choléra des poules et sur le charbon, dont nous venons de tracer un peu longuement l’histoire, comme il convenait. Après la publication des expériences sur la vaccination charbonneuse en 1880, les microbes avaient la partie gagnée et, dès ce moment, de tous les côtés, les recherches allaient se multiplier sur ce nouveau champ conquis à la science, et dont la fécondité extrême n’allait pas tarder à se manifester.

Au début de cette nouvelle période, pour les esprits non prévenus, pour les intelligences non fossilisées dans le passé et encore susceptibles d’évolution, les faits suivans étaient acquis, à savoir : que toutes les maladies contagieuses sont de nature parasitaire, c’est-à-dire causées par des micro-organismes vivans, par des microbes qui sont les agens tangibles et maniables des maladies et de leur contagiosité ; que ces microbes déterminent des troubles, au sein des organismes dans lesquels ils ont pénétré, par un mécanisme comparable à celui des fermentations, qui sont, elles aussi, de véritables maladies de milieux organiques, déterminés, non vivans, également dues à l’action des microbes ; enfin, admirable conséquence de la connaissance des propriétés biologiques des microbes, qu’on peut faire servir ceux-ci, à l’aide de certains maniemens qui les troublent dans leur vitalité et modifient leur activité virulente, à protéger les animaux contre les maladies graves dont ils sont les mêmes agens. Nature parasitaire des maladies infectieuses, mécanisme de la contagion, atténuation biologique des virus, et vaccination, voilà les connaissances fondamentales dues au génie de M. Pasteur, voilà les grandes conquêtes de la nouvelle science qui allait, en quelques années, devenir aussi fiche que les plus vieilles parmi ses aînées.

Et telle était, en effet, la solidité des principes établis sur les