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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/139

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typhoïde en les inoculant préalablement avec quelques centimètres cubes d’une culture de bacille typhique où tous les microbes avaient été tués par la chaleur.

Enfin, #il y a quelques jours à peine, M. Gamaleïa (d’Odessa) faisait connaître qu’il était arrivé, à l’aide d’injections préalables d’une certaine dose de bouillon de culture du microbe du choléra, également stérilisé par la chaleur, à rendre des pigeons réfractaires à la maladie très grave que leur donne ce microbe, surtout après quelques passages dans cette espèce. C’est en outre cette virulence progressive, que prend le microbe du choléra en passant de pigeon à pigeon, qui a permis à M. Gamaleïa de donner franchement le choléra à des cobayes, ce que n’avaient pu faire jusqu’à présent que d’une façon douteuse, et grâce à des artifices expérimentaux assez compliqués, M. Koch et MM. Nicati et Rietsch. Or les cobayes, qui succombent à l’inoculation de ce choléra de passage, sont également vaccinés par des cultures chauffées, c’est-à-dire par les substances solubles qui résultent de la vie des microbes dans ces cultures, substances dont l’existence avait d’ailleurs été constatée, et dont les propriétés avaient été étudiées déjà depuis plusieurs années par MM. Nicati et Rietsch, en France, et par M. Koch, en Allemagne. De là à affirmer qu’on est en possession d’un procédé de vaccination préventive du choléra applicable à l’homme, il y a évidemment la distance d’une étude qui est encore tout entière à faire, et non la plus facile. Mais si la maladie donnée aux pigeons par M. Gamaleïa est, en effet, le choléra, il est permis d’avoir grande confiance dans les résultats définitifs de ces nouvelles expériences.

Mieux encore : bien que la constitution chimique des produits solubles élaborés par les microbes, de ces ptomaïnes dont On commence à faire l’histoire, soit encore fort mal définie, on peut cependant tenter, soit d’en faire l’analyse et puis la synthèse, soit de les identifier à d’autres substances chimiques actuellement connues, qu’on pût employer dès lors directement comme substances vaccinantes. Ce progrès marquerait sans doute la dernière étape dans la série des découvertes en matière des vaccinations, et on pourrait vraiment dire que les microbes nous auraient appris à nous passer d’eux pour la fabrication des virus-vaccins, abandonnés pour les vaccins chimiques. Ce n’est, d’ailleurs, pas là une simple vue de l’esprit, et nous n’aurions pas parlé de la possibilité de cette vaccination chimique, si un ingénieux expérimentateur, M. Peyraud, de Libourne, n’avait tout récemment prétendu être parvenu à vacciner des animaux contre la rage à l’aide de l’essence de tanaisie, qui provoque des symptômes rabiformes en tout semblables à ceux de la vraie rage, et qui, pour cet auteur, aurait la même constitution chimique que le poison élaboré par les