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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/129

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cautérisation ne détruisait le mal à son origine. Les vétérinaires connaissaient mieux la maladie, étant souvent consultés pour des épidémies sévissant sur le petit bétail, La maladie, d’ailleurs, atteignait aussi les bœufs et les chevaux. Comme la mort survenait rapidement, sans entraîner d’autres lésions visibles qu’un état poisseux du sang et une tuméfaction de la rate, avec ramollissement de cet organe, on désignait généralement la maladie charbonneuse sous la dénomination de sang de rate. La cause en était obscure, et, le plus généralement, les vétérinaires et les éleveurs accusaient la richesse trop grande du sang des animaux. C’était une maladie de pléthore, par excès de santé, d’origine spontanée bien entendu.

Nous ne pouvons faire par le détail l’historique des nombreuses recherches dont la maladie charbonneuse a été l’objet. Leur série commence en 1850, avec les observations de deux savans français, Davaine et Rayer, qui constatent, dans le sang des moutons charbonneux, l’existence de petits corps filiformes ayant environ une longueur double du diamètre des globules sanguins. Puis Brauell, professeur à l’université de Dorpat, fait connaître qu’il a réussi à inoculer le charbon de l’homme aux animaux ; Davaine, éclairé par les travaux de Pasteur sur les fermens, revient alors sur ses premières observations et affirme qu’on ne doit pas chercher en dehors des corpuscules du sang charbonneux, — auxquels il donne le nom de bactéridies, — la cause de la maladie ; et enfin M. Koch constate que ces bactéridies, quand elles sont cultivées en dehors des conditions qui leur conviennent, privées de l’oxygène et de la température dont elles ont besoin, donnent naissance à de petits grains transparens qui leur font prendre l’aspect de chapelets : ce sont les spores, qui, elles, sont incomparablement plus robustes que les bactéridies et résistent à la dessiccation prolongée, à l’humidité, à la putréfaction, à des températures élevées, et cela pendant des mois et des années, sans perdre leur virulence, c’est-à-dire sans cesser d’être capables, si on les place sous la peau d’un animal, de s’allonger et de donner naissance à des bactéridies dont la multiplication rapide va entraîner la mort de cet animal, comme si on lui avait injecté du sang charbonneux. Malgré ces importantes acquisitions, il restait cependant, pour établir rigoureusement le rôle du microbe bactéridien dans la maladie charbonneuse, à faire son inoculation après son passage par des cultures successives, suivant le procédé suivi pour le choléra des poules.

Dans un flacon contenant du bouillon de veau stérilisé, MM. Pasteur et Joubert déposèrent une goutte de sang pris dans le cœur d’un animal qui venait de succomber au charbon, et, après cet ensemencement, le portèrent dans une étuve dont la température constante était voisine de celle du corps humain, à 35 degrés. Après