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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/124

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trouvait parfois l’oiseau mort, sans l’avoir vu malade. Quand la marche était plus lente, on observait d’abord que l’animal était triste ; puis ses ailes devenaient traînantes, son plumage se hérissait, sa démarche se faisait incertaine ; il portait la tête basse, la crête était violacée, puis noire ; enfin l’oiseau s’éteignait sans faire de mouvement, ou après avoir seulement présenté quelques secousses convulsives. Mais, pendant tout le temps que duraient ces troubles généraux, il se faisait d’abondantes évacuations intestinales, d’aspect caractéristique.

En 1830, cette maladie apparut dans les environs de Paris, et ne tarda pas à s’étendre à différens départemens, où elle fut observée par Renault et Delafond, professeurs à l’école d’Alfort, qui lui donnèrent le nom de choléra des poules. En 1878, M. Perroncito, professeur à l’école vétérinaire de Turin, découvrait dans le sang des volailles mortes de cette maladie un microbe en forme de microcoque, découverte que M. Toussaint confirmait l’année suivante, par de belles expériences qui démontraient que ces micro-organismes étaient bien réellement la cause de cette maladie, et l’agent de sa contagion et de sa propagation.

C’est sur cette maladie que portèrent, en 1880, les recherches de M. Pasteur, qui sut faire de cette étude un exemple admirable de ce que doit être la méthode expérimentale dans le domaine de la médecine. M. Pasteur commença par obtenir des cultures pures du microbe du choléra des poules en ensemençant une goutte de sang de poule morte de cette maladie dans du bouillon de poule stérilisé par la chaleur, milieu de culture qui devait évidemment se trouver très favorable au développement du microbe. Très rapidement, en effet, le bouillon devenait légèrement laiteux, et se peuplait d’une infinité de petits grains ronds, ordinairement liés deux par deux, en huit de chiffre, et dont le diamètre ne dépassait pas 2 à 3 dixièmes de millième de millimètre. Inoculant alors une goutte d’une de ces cultures faites en série, M. Pasteur produisait la maladie d’origine, dont la nature exclusivement microbienne se trouvait ainsi démontrée. D’ailleurs, pour bien prouver que c’est aux microbes, et aux microbes seuls, que cette affection était due, M. Pasteur imagina de filtrer un bouillon de culture sur du plâtre ou de la porcelaine dégourdie, qui ne laisse passer aucun microbe, aucun élément figuré ; le liquide ainsi obtenu, inoculé à des poules, ne leur donna pas le choléra.

Toutefois, cette dernière expérience, toute négative qu’elle fût, éclairait singulièrement sur le mécanisme intime des maladies microbiennes, d’autant plus que des faits analogues devaient être observés par la suite avec d’autres microbes. En effet, si les poules inoculées avec une culture filtrée ne mouraient