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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/114

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Le mot microbe, créé, il y a dix ans à peine, par Sédillot, le célèbre chirurgien de Strasbourg, était voué à une destinée extraordinairement heureuse, en dépit d’une constitution discutable. Rigoureusement, en effet, il devrait s’appliquer aux êtres à courte vie ; mais le sens qui lui a été immédiatement attribué, et qu’il conservera désormais, est bien celui que lui a donné son auteur, qui a voulu ainsi désigner les plus petits représentans de la nature vivante. Or il se trouve, par un singulier contraste, que les plus petits, parmi les êtres vivans, sont précisément ceux qui paraissent avoir, dans certaines conditions, la vie la plus résistante et la plus longue, une vie dont on ne connaît pas encore les limites.

De fait, les microbes tiennent aujourd’hui une grande place dans la conversation des gens du monde comme dans les discours des savans, et on pourrait, avec quelque raison, les accuser d’être envahissans. En hygiène, en médecine, on en met partout : veut-on signaler le danger de l’air impur que nous respirons, de l’eau douteuse que nous buvons, des logis défectueux que nous habitons, le monstre dont on nous menace, c’est un microbe ; et quand un malade demande à son médecin d’où lui vient son mal, le médecin, le plus souvent, ne peut encore que répondre. C’est un microbe. C’est cependant la seule réponse qu’il puisse faire. Cette énorme importance, attribuée à de si petits personnages,