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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/113

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ou malsaines, ses occupations et ses préoccupations, ses distractions, ses plaisirs, ses besoins, ses qualités, ses travers et ses vices. Tout y est, tout s’y trouve. C’est le reflet d’une collectivité agissante et pensante, le kaléidoscope quotidiennement varié dans lequel l’observateur attentif peut discerner les idées générales, les aspirations communes, les courans qui entraînent les masses.

Aussi, les différences sont grandes entre les journaux influons des différens pays. Rien ne ressemble moins au Times de Londres que le New-York Herald, le Ledger de Philadelphie, le Journal de Boston ou le Delta de la Nouvelle-Orléans. Et cependant la race est la même, mêmes aussi la langue et la religion. Le milieu diffère, et avec lui les aspirations et les tendances, les goûts et les amusemens, les idées et les besoins. C’est en les démêlant mieux, en s’y adaptant habilement, que quelques éditeurs ont réussi à faire de leurs feuilles les organes attitrés d’un peuple et la source de grandes fortunes personnelles.

L’histoire des grandes fortunes commerciales anglaises mettra encore plus en relief l’importance de cette faculté d’adaptation, le rôle prédominant qu’elle a joué dans la vie de ces millionnaires, auxquels elle a souvent tenu lieu de génie. S’il en a fallu aux grands inventeurs pour atteindre le but qu’ils s’étaient fixé, pour faire triompher leurs idées, pour arriver à l’opulence, il est un autre genre de génie, plus modeste, plus terre à terre, plus à la portée de tous, que nous révélera l’étude des débuts, des luttes et des merveilleux succès de ces grands négocians qui ont porté si haut leur fortune et la puissance commerciale de l’Angleterre.


C. DE VARIGNY.