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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/109

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d’Austerlitz, de Trafalgar, d’Iéna ou de Waterloo. Dès 1804, un des compositeurs du Times, Thomas Martyn, avait conçu l’idée d’employer pour le tirage des feuilles publiques la machine à vapeur de Walt. Il en entretint John Walter, lui communiqua ses devis et ses ébauches de plan. Frappé des avantages de ce nouveau système, J. Walter lui ouvrit un crédit, lui assigna un bureau spécial et lui fournit tout ce qui était nécessaire pour poursuivre ses travaux et faire ses expériences. Mais, devant les menaces des ouvriers, Thomas Martyn fut obligé de se désister.

Toutefois, l’idée conçue par lui s’était fortement ancrée dans le cerveau tenace de J. Walter. Un autre inventeur, König, poursuivait de son côté la solution du même problème. Encouragé et aidé par Walter, il réussit, après plusieurs années d’essais et de tentatives infructueuses, à construire une machine, imparfaite encore, mais qui, telle qu’elle était, décuplait le tirage. J. Walter la fit monter secrètement dans une annexe, puis choisissant parmi ses ouvriers quelques-uns des plus intelligens et des plus sûrs, s’assurant au moyen d’une haute paie de leur zèle et de leur discrétion, il les fit dresser par König au maniement de cette nouvelle presse. Le soir où tout fut prêt, un avis affiché dans l’imprimerie du Times informa les ouvriers que des nouvelles graves attendues du continent obligeaient l’éditeur à retarder jusqu’à une heure avancée dans la nuit le tirage du journal. A six heures du matin, il leur faisait savoir que l’édition avait été imprimée dans la nuit par une presse à vapeur, et qu’il en serait de même à l’avenir. Il les engagea à s’abstenir de tout acte de violence, ses presses étant bien gardées, et termina en déclarant qu’il conserverait à son service tous ceux qui accepteraient sans murmurer les faits accomplis, ou leur allouerait trois mois de gages pour leur permettre de chercher une autre place, mais qu’il congédierait ceux qui essaieraient d’entraver le travail. On le savait homme de parole, et on se le tint pour dit.

Ce qui acheva de porter à son plus haut point la popularité du Times, fut le fait suivant. En 1845, la spéculation sur les chemins de fer prit en Angleterre un formidable essor. Les annonces et réclames de compagnies nouvelles affluaient dans les colonnes du Times, qui encaissait, de ce chef seul, plus de 300,000 francs par semaine. Ému des dangers que cette spéculation effrénée pouvait faire naître, prévoyant une crise financière et industrielle redoutable, John Walter, qui avait succédé à son père comme éditeur du Times, n’hésita pas à entreprendre une campagne vigoureuse contre ces annonces alléchantes qui amenaient l’or dans sa caisse. Recrutant, parmi les écrivains compétens, les plus indépendans, s’adressant aux financiers les plus en renom et les plus prudens, il publia