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organisé ; au campement d’El-Béida, une colonne légère de 1,600 baïonnettes et de 460 sabres. L’infanterie était commandée par le colonel de Ladmirault, la cavalerie par le lieutenant-colonel d’Allonville ; Jusuf s’engagea d’abord dans le Djebel-Amour, mais il n’y trouva plus Abd-el-Kader, qui s’était réfugié plus loin au sud-ouest, chez les Ouled-Sidi-Cheikh. Le soin de l’y poursuivre fut confié, par ordre du gouverneur, au colonel Renault, avec une seconde colonne. Après avoir pacifie le Djebel-Amour, le général Jusuf en unit aisément avec les derniers dissidens des Ouled-Naïl ; la grande tribu, venue à résipiscence, lui fit toutes les satisfactions réclamées-, des troupeaux, représentant une valeur de 160,000 fr., lui furent livrés en cinq jours. Le 30 mai, il put rentrer à Boghar.

C’était La Moricière qui avait été chargé d’organiser à Mascara la colonne Renault, destinée à poursuivre et à terminer la chasse à l’émir. Le général y répugnait, ayant vu dans quel état de délabrement revenaient les troupes surmenées par Jusuf. Il n’avait rien vu de semblable, disait-il, ni après le retour de Constantine, ni après « la désastreuse campagne de 1840 », et il se serait inquiété de l’effet produit sur les indigènes par un tel spectacle, s’il n’avait eu sous la main des troupes fraîches à leur montrer.

A cela, le maréchal Bugeaud répondait : « Si votre opinion s’adresse à toutes les opérations dans le désert, — et je suis tenté de le croire par l’amertume avec laquelle vous parlez de l’état dans lequel le général Jusuf a mis les troupes qu’il avait, — je suis loin de la partager. Les opérations des colonnes Camou, Renault, Jusuf, réunies ou séparées, nous ont rendu les plus grands services ; ce sont elles qui ont ruiné l’émir, en ne lui laissant qu’une poignée de cavaliers exténués ; elles ont amené la soumission de tout le désert au sud-de la province d’Alger ; elles nous ont ramené plusieurs tribus du Tell qui avaient émigré, et, par leur effet matériel et moral, elles ont amené la pacification de tout le Titteri. C’est aux échecs répétés que ces colonnes ont fait éprouver à Abd-el-Kader que vous devez, de votre côté, la soumission des Harar, des Ouled-Khélif et autres. Ce n’est pas tout. Pendant que ces colonnes s’exténuaient, les vôtres se reposaient ou agissaient peu ; voilà pourquoi elles sont aujourd’hui en bon état.

« Je reconnais que le général Jusuf, avec des qualités militaires très distinguées, n’a pas tout l’ordre d’administration et d’organisation qu’on pourrait désirer, mais je crois facile de le justifier d’avoir retenu des cadres d’escadrons, en ne vous envoyant que des hommes et des chevaux indisponibles. Il jouait un coup de partie pour la tranquillité de tout l’est et même de l’ouest. Je pense sincèrement qu’il a eu raison, et les résultats la lui donnent. Il ne