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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/958

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Russie n’a pas pris son parti, parce qu’en définitive elle ne peut pas peut-être le prendre. Là est le point vif et délicat. Il est bien clair que la Russie n’admet pas l’ordre de choses qui a été créé dans les Balkans avec l’assentiment ou la tolérance d’une partie de l’Europe, de l’Autriche surtout ; non-seulement elle ne l’admet pas, elle reste de plus parfaitement résolue à combattre tout ce qui s’est fait sans elle ou contre elle en Bulgarie, et comme d’un autre côté, par suite des alliances qui se sont formées au centre de l’Europe, sur lesquelles s’appuie l’Autriche, la Russie se sent isolée au Nord, elle a pu être assez naturellement conduite à prendre quelques précautions. La Russie, en maintenant sa politique vis-à-vis des Balkans, a voulu n’être pas prise au dépourvu sur ses frontières occidentales. C’est là apparemment l’explication de ce qu’on appelle ses concentrations, qui ne sont pas dans tous les cas assez sérieuses pour avoir un caractère offensif. L’Autriche cédera-t-elle à la tentation de répondre à ces mesures par d’autres mesures militaires ? C’est possible. L’Autriche se hâtera de déclarer qu’elle ne veut pas attaquer sa voisine, la Russie déclarera qu’elle ne veut pas attaquer l’Autriche, on restera en présence ; on y était déjà, on y sera encore tant que la question de Bulgarie ne sera pas résolue. Quel est le rôle de M. de Bismarck dans cette confusion qui n’est point assurément sans danger ? Le chancelier, dans son entretien de Berlin, a pu sans doute avouer les obligations qui le liaient à l’Autriche ; il a dû en même temps ménager la Russie, éviter de la pousser à bout. M. de Bismarck joue son jeu au milieu de ces complications. Il veut pouvoir se servir de cette triple alliance qu’il a nouée, qu’il tient dans sa main ; il voudrait sûrement aussi détourner la Russie de toute autre alliance, se réserver la possibilité de rentrer en intimité avec Pétersbourg. Il veut, en un mot, rester l’arbitre, et il n’est point impossible qu’un de ces jours il essaie de dénouer par quelque nouveau coup de théâtre cette question bulgare, qui reste provisoirement comme une menace entre la Russie et l’Autriche.

C’est la saison des parlemens et des débats parlementaires. Après les délégations autrichiennes, qui n’ont fait que passer ; après le Reichstag de Berlin, rassemblé pour discuter ou voter de nouveaux projets militaires, et les chambres italiennes, récemment ouvertes par le roi Humbert, les cortès d’Espagne viennent à leur tour de se réunir à Madrid. Cette session nouvelle du parlement espagnol a été inaugurée avec quelque solennité par la reine régente, qui s’est rendue au palais législatif accompagnée de sa cour, portant encore les signes du deuil. Son fils, le futur roi Alphonse XIII, un enfant de moins de deux ans, était de la cérémonie, héros ou témoin, bien inoffensif de cette scène publique. La reine Christine a su, par un mélange de sagesse, de bonne grâce et de parfaite loyauté, se faire aimer