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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/951

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 décembre.

Voici donc le cap des tempêtes doublé pour cette fois ! C’est fait, c’est voté et même déjà vieux de dix jours. Un hôte, qui croyait avoir son bail signé et scellé pour sept ans, a dû quitter l’Élysée, un autre hôte y est entré. Il y a, en un mot, un nouveau président de la république française, M. Sadi Carnot, dont le nom est sorti au dernier moment, presque à l’improviste, de la mêlée ardente et tumultueuse des compétitions. M. Carnot a eu la fortune d’être choisi comme le plus inoffensif et le plus modeste des présidens. Tout a bien fini, si l’on veut ; mais ce n’est pas sans peine et sans effort que la transition s’est accomplie. La crise n’est point arrivée au dénoûment sans avoir remué bien des passions et ébranlé les institutions, sans avoir passé par bien des péripéties meurtrières pour la dignité des hommes aussi bien que pour la paix publique, sans avoir dévoilé une situation étrange, presque fantastique, douloureuse et menaçante pour le pays.

Depuis deux mois, à dire vrai, depuis qu’elle avait commencé par de vulgaires et avilissantes divulgations livrées en pâture à une opinion surexcitée, cette crise n’a pas cessé un instant. Elle n’a fait que s’étendre et s’envenimer avant de se précipiter. Elle a par degrés tout envahi, tout compromis, et le gouvernement, et la chambre, et la magistrature, et l’administration de la police, pour finir par atteindre le président de la république lui-même, M. Jules Grévy, qui s’est trouvé brusquement entraîné dans la déroute de son gendre, diminué dans sa considération, menacé dans l’inviolabilité de sa magistrature. Évidemment, M. Grévy ne s’est pas douté d’abord de la