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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/919

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blonde fille des Farnèse lui fut rendue. Lui-même, le 1er décembre, il l’accueillit à sa rentrée dans Rome. « Sa Sainteté, écrit l’ambassadeur de Ferrare, portait un pourpoint noir, avec des bandes de brocart d’or, une belle écharpe à l’espagnole, le poignard et l’épée, des bottes espagnoles et un berret de velours très galant. » Au moment même où il revêtait ce costume de troubadour, le principat ecclésiastique se tenait sur une pointe d’aiguille ; Alphonse II, qu’il abandonnait, ne pensait plus qu’à se sauver avec ses trésors, en Sicile ou en Espagne ; Ludovic le More disait à l’ambassadeur de Ferrare : « J’attends l’estafette qui m’apportera cette bonne nouvelle : le pape pris et décapité. » Alexandre se jeta donc dans les bras du roi, et la plus belle armée de l’Europe défila le long des rues de Rome, avec ses canons et son infanterie, le soir du 31 décembre 1494 : du fond du Vatican, le pape vit la lueur des feux de joie et entendit les cris du peuple acclamant la France, les Colonna et le cardinal Rovere. Pendant vingt jours, il chercha à éluder la signature définitive du traité qui renfermait la déchéance politique du saint-siège ; il finit par refuser l’investiture des Deux-Siciles. Il amusa Charles du spectacle des cérémonies pontificales, et, quand le roi prit la route de Naples, il lui donna les deux otages promis, Djem et César. Mais à Velletri, César se glissa hors du camp français, déguisé en palefrenier, et à Naples, Djem mourut, selon le désir de son frère Bajazet, après avoir mangé ou bu, dit Burchard, « des choses qui ne convenaient pas à son estomac. » La lâcheté d’Alphonse d’Aragon rendit à Charles la conquête du Napolitain très facile. Le roi des Deux-Siciles abdiqua, sans avoir combattu, laissant à son fils Ferdinand II une couronne déshonorée. Le pape, le duc de Milan, Venise, le roi d’Espagne, l’empereur, formèrent à la fin de mars 1495, contre Charles VIII, une ligue qui fut le prélude des guerres pour l’équilibre européen, et le premier acte d’une incessante intervention de l’Europe dans les affaires d’Italie. Charles revint sur ses pas ; il renonçait à la terre-sainte, à Constantinople, à cette vision de l’Orient qui avait éclairé les jours tristes de sa jeunesse ; il ne cherchait plus qu’à sortir au plus tôt du guêpier italien. Alexandre VI se garda bien, cette fois, de l’attendre au seuil de sa ville sainte. En dépit des Romains, qui s’offraient à le défendre dans le Saint-Ange, il courut jusqu’à Orvieto, puis à Pérouse, entraînant à sa suite les troupes de la ligue et celles de l’église, les ambassadeurs et le sacré-collège. Après Fornoue, il rentra dans Rome, le 27 juin 1495. Zorzi, l’ambassadeur vénitien, le décida à lancer contre le roi de France un monitoire très sévère, dans lequel il menaçait Charles des foudres canoniques s’il ne s’engageait à ne plus rien tenter à l’avenir contre l’Italie et le saint-siège. Alexandre