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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/907

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former et se dénouer les ligues avec une rapidité vertigineuse : Milan, Florence et Venise, Naples, Ferrare, Urbin, Rimini, Bologne, se formaient, sur un signe du pontife, en groupes accidentels que la trahison renouvelait sans cesse. Sixte IV trahissait tout le monde, et Venise trahissait le plus volontiers Sixte IV. Celui-ci, surpris, en 1484, d’une perfidie plus inattendue de la république sérénissime, entra dans une colère si grande, qu’il prit la fièvre et mourut en deux jours.

Mais cette politique incohérente servait la passion dominante de Sixte IV, l’établissement de ses neveux, les Rovere et les Riario. Le népotisme n’était pas une nouveauté dans l’histoire du saint-siège ; les papes, à mesure qu’ils grandissaient comme princes temporels, s’étaient de plus en plus appuyés sur leur famille ; mais jamais, jusqu’alors, ils n’avaient prétendu fonder, pour leurs neveux, une puissance territoriale. Pie II avait appelé à Rome tous les Piccolomini, ses parens, et tous ses amis siennois ; il leur avait prodigué les dignités ecclésiastiques ou séculières, quelques fiefs sans importance, les charges de la cour romaine, et n’oublia même pas sainte Catherine, sa compatriote, qu’il canonisa. Ce népotisme était innocent. Sous Sixte IV, ce fut un brigandage. Aux cinq neveux cardinaux, à Pietro Riario, qui passait pour son fils, à Julien Rovere, le futur Jules II, il livra l’église : Pietro, la veille encore petit frère de Saint-François, fut fait d’un seul coup patriarche de Constantinople, archevêque de Florence, de Séville et de Mende, et accablé de riches bénéfices. En deux ans, ses favoris, ses chevaux, ses comédiens et ses poètes dévorèrent tout, et Pietro, écrasé de dettes, mourut d’épuisement. Peu de semaines avant sa mort, il avait conçu un projet extraordinaire, pour lequel il sollicita la complicité de Galéas-Marie Sforza ; il s’agissait, avec l’aide du tyran devenu roi de Lombardie, d’arracher à l’oncle son abdication et de prendre la tiare ; c’était une folie, mais il en resta toujours quelque chose dans la tradition du népotisme pontifical, et César Borgia jugera peut-être que cette idée avait du bon. Le pape pleura le traître et reporta toute sa tendresse sur son frère Girolamo Riario, ancien scribe de la douane de Savone. Il acheta pour lui Imola à Taddeo Manfredi et le maria à une fille naturelle de Galéas Sforza, Catarina. Puis il demanda pour Jean Rovere, frère de Julien, une fille de Frédéric d’Urbin ; il donna à ce neveu Sinigaglia et Mondovi, terres de l’église. Mais Sixte IV avait des ambitions plus hautes encore, et jeta son dévolu sur la Toscane. A Florence, les deux frères Médicis, Laurent et Julien, gouvernaient avec douceur, comme avait fait Cosme, par l’opinion plutôt que par un pouvoir bien défini. Ils avaient contre eux un parti, les Pazzi ; le pape se mit en relation avec les chefs de la faction, et, au Vatican même,