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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/904

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pour se renfermer dans une royauté italienne, l’Occident commençait une évolution historique analogue à celle de l’Italie, et sortait du cadre vague de la vieille chrétienté pour entrer dans les formes définies des nationalités européennes. Le déclin profond de l’empire, l’affaiblissement du pouvoir spirituel des papes, furent à la fois des effets et des causes dans ce renouvellement des conditions politiques de l’Europe. Les peuples prirent une conscience claire de leur vie nationale quand le sens de la vie générale baissa chez les deux maîtres mystiques de l’humanité ; le pape et l’empereur virent leur puissance universelle perdre tout le terrain gagné par l’autonomie individuelle des nations. La majorité politique de celles-ci rendit caduque la tutelle sociale de ses anciens patrons. Les nations, à mesure qu’elles se reconnaissaient maîtresses d’elles-mêmes, s’enfermaient en des frontières plus précises, la famille chrétienne se morcelait en familles particulières toutes prêtes à se combattre les unes les autres ; l’autorité pontificale s’arrêtait à chacune de ces frontières et ne passait au-delà qu’à la condition de se conformer au droit public de la nation ; le pontife semblait de plus en plus un prince séculier au même titre que les autres, et les rois de l’Europe étaient tous disposés à le traiter en prince étranger, et, à l’occasion, en ennemi.

Cette période originale de l’histoire de l’église, où les papes n’eurent plus rien d’apostolique, s’ouvrit par le règne de Paul II, grand seigneur d’esprit léger, tout occupé de statues grecques, et de fêtes carnavalesques. Elle se termina en 1527, par une catastrophe inouïe, le sac de Rome, Saint-Ange, l’humiliation du pontife aux pieds de Charles-Quint. La tyrannie ecclésiastique perdit alors sa valeur politique en Italie, son importance diplomatique en Europe. Mais sa ruine fut, comme l’avait été sa grandeur, entraînée dans le mouvement général de la péninsule. Par Milan et par Naples, l’empereur tenait l’Italie entière ; ce qui restait de princes, à Florence, à Ferrare, à Mantoue, dépendait étroitement de l’étranger. Le pontificat romain, dépossédé de son action temporelle, commença dès lors une évolution très belle vers les traditions de son passé. Les papes comprirent que l’église, déchue politiquement, devait retrouver l’ascendant religieux qui fit sa force au temps où elle était si faible sur son domaine terrestre. Paul III Farnèse, qui avait grandi dans la corruption de Rome sous Alexandre VI, réunit le concile de Trente. L’église œcuménique rendit à son chef l’autorité doctrinale que Constance et Bâle avaient affaiblie ; elle lui remit un droit de discipline tel que le saint-siège n’en avait jamais exercé de plus rigoureux. Mais lorsque, sous Paul IV, les Caraffa prétendirent restaurer la puissance temporelle dont Clément VII avait vu la chute, lorsque le neveu du pape, le cardinal Carlo,