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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/842

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C’est surtout l’excursion projetée aux mines de Sainte-Marie qui épouvante tant Mlle Punctis ; elle y revient sans cesse : « La crainte de Sainte-Marie-aux-Mines m’obsède ; que je serai tranquille lorsque vous serez de retour de ces mines qui sont toutes mes inquiétudes ! » Et un autre jour, elle écrit : « en nous donnant souvent de tes nouvelles, c’est autant de preuves de tendresse que tu nous donnes ; nous en avons besoin plus que jamais. Plus tu t’éloignes, plus mes inquiétudes redoublent, surtout à l’approche de Sainte-Marie-aux-Mines. Conservez-vous pour un père et une tante qui ne vivent que pour vous. » Et puis ce mot charmant : « Une lettre n’est pas arrivée que nous attendons déjà la suivante. » Lavoisier père n’est pas moins pressant et moins tendre : « Faites en sorte de nous donner plus souvent de vos nouvelles, un mot de votre main qui annonce que vous êtes en bonne santé, la date du jour et du lieu où vous écrivez. Nous n’en voulons pas davantage. Vous sçavez combien nous vous aimons et par conséquent combien nous sommes inquiets quand nous sommes plusieurs jours sans recevoir de vos nouvelles. »

Malgré sa bonne volonté, le jeune homme ne pouvait toujours satisfaire aux désirs de son père ; les communications postales étaient rares et difficiles, souvent les voyageurs devaient séjourner dans de petites villes qui n’avaient pas de bureaux de poste ou n’expédiaient qu’un courrier par semaine. Plus d’une fois, il fallut envoyer des exprès porter les lettres à la ville voisine ; et combien elles mettaient de temps à parvenir à leurs destinataires : un mois de Paris à Strasbourg ! On le comprend facilement en apprenant qu’aux environs de Bourbonne-les-Bains une chaise de poste attelée de quatre chevaux parcourait en une heure la distance d’une lieue.

Si Lavoisier, malgré l’intérêt du voyage, regrettait la maison paternelle, Mlle Punctis ne manquait pas de le faire revivre dans ce milieu aimé en le tenant au courant de tout ce qui arrivait aux familiers du logis, lui parlant de sa chatte qui a un beau chaton, des maçons qui ont réparé les écuries, du brelan que l’on continue à jouer, mais sans intérêt, depuis qu’il n’y a plus pour l’égayer ni Lavoisier, ni M. Guettard, le cher docteur. Toute la vie de Mlle Punctis est concentrée dans sa tendresse pour son neveu ; elle a toutes les joies et toutes les souffrances d’une mère ; elle et son beau-frère n’arrivent à supporter les tristesses de la séparation qu’en s’occupant sans cesse de l’absent, en travaillant à lui être agréable. Aidés du cousin de Villers, ils rangent à nouveau sa bibliothèque, ils mettent en place les nombreux volumes qu’il a achetés à Strasbourg, ils déballent les caisses d’échantillons de minéralogie qu’il envoie fréquemment. A chaque instant, ils ont à remplir les commissions qu’il leur confie : aujourd’hui, l’envoi de grains