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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/833

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Les premières années de Lavoisier s’écoulèrent dans la maison du cul-de-sac Pecquet. Cette impasse, transformée depuis en passage par le percement de la rue de Rambuteau, n’était pas alors la ruelle obscure que nous connaissons aujourd’hui. Tout entourée de vastes espaces découverts, elle était limitée par les jardins de l’hôtel de La Trémouille, de l’hôtel de Mesme et du couvent des religieux de La Merci. Lavoisier avait deux ans quand naquit sa sœur, Marie-Marguerite-Émilie, mais le bonheur ne devait pas habiter longtemps sous le toit de Jean-Antoine Lavoisier ; en 1748, il perdit sa jeune femme, et, resté veuf avec deux enfans en bas-âge, il abandonna sa maison et vint demeurer avec sa belle-mère, Mme Punctis, qui, frappée d’un double deuil, venait aussi de perdre son mari. Mme Punctis habitait alors rue du Four-Saint-Eustache [1]avec une seconde fille, Constance, alors âgée de vingt-deux ans. Mlle Constance Punctis se dévoua entièrement à la tâche d’élever les enfans de sa sœur ; grâce à sa chaude et intelligente affection, les orphelins n’eurent pas à souffrir de l’abandon où les avait jetés la mort de leur mère ; tout porte à croire que Mlle Punctis refusa de se marier pour ne pas abandonner les devoirs qu’elle s’était imposés.

Lavoisier père était en mesure de donner une éducation complète à son fils et de ne rien négliger pour son instruction ; de son côté, il avait peu de fortune, en dehors des bénéfices de sa charge de procureur, mais la famille Punctis était riche : le père de Mac Punctis, Christophe Frère, laissa en mourant, en 1754, une fortune de 137,000 livres, partagée entre trois héritiers. Aussi Antoine-Laurent fut-il envoyé au collège Mazarin, dont il suivit les cours en qualité d’externe [2]. Il fut élevé au sein d’une famille d’honnêtes gens, où se développèrent les sentimens de loyauté, de justice, d’amour du travail dont sa vie devait être un perpétuel exemple.

Gai, affectueux, comme le montrent ses lettres de jeunesse, plein d’ardeur pour l’étude, il eut de nombreux succès et obtint, en 1760, le second prix de discours français, au concours général, dans la classe

  1. Aujourd’hui rue de Vauvilliers.
  2. Le collège Mazarin ou collège des Quatre-Nations avait été fondé par disposition testamentaire de Mazarin en faveur de trente jeunes gens nobles, originaires des provinces réunies à la France par les traités de Munster et des Pyrénées. Il ouvrait en même temps ses portes aux externes, et était, de tous les collèges de Paris, celui qui était le plus fréquenté, à cause de l’organisation de ses cours de sciences. (Recherches historiques sur le collège des Quatre-Nations, par M. A. Franklin, 1862)