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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/798

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plaine de l’Habra, il reçut d’un bel esprit arabe ce singulier message : « On nous a dit que vous autres Français aimez les chevaux à courte queue : nous attendons que nos jumens en produisent un pareil pour vous le conduire en signe de soumission. »

On a déjà vu ce que lui avait écrit, au mois de juin, Abd-el-Kader : « Tu vas te promener jusqu’au désert, et les habitans d’Alger, d’Oran et de Mostaganem sont dépouillés et tués aux portes de ces villes ! » Dans la nuit du 21 au 22 octobre, un parti de Beni-Amer était venu jusque sous les murs d’Oran, à travers la ligne des blockhaus, saccager les campemens où les Douair et les Smela, qui combattaient sous les yeux du gouverneur, avaient laissé leurs femmes, leurs enfans et leur avoir.

Malgré cette malheureuse affaire, la campagne d’automne, sans avoir donné tout ce qu’on s’en était promis au début, n’en avait pas moins porté un coup sensible à l’autorité d’Abdel-Kader. Parties d’Oran le 14 septembre, la majeure partie des forces de la division rentraient, le 5 novembre, à Mostaganem ; elles avaient donc marché, campé ou combattu pendant cinquante-trois jours ; jamais troupe française n’avait encore été si longtemps dehors en Afrique.

Avant de s’embarquer pour Alger, où il rentra le 10, le gouverneur régla la distribution des commandemens dans la province de l’ouest ; il confia Oran au colonel Tempoure, appela le général Bedeau à Mostaganem, et réserva Mascara pour La Moricière, qui eut ordre de s’y porter avec 6,000 hommes et d’y établir le quartier-général de la division sans retard.


VI

Le général Changarnier a écrit dédaigneusement dans ses mémoires : « Pendant l’été et une partie de l’automne, le gouverneur put se promener dans les plaines et dans quelques-unes des montagnes les plus faciles de la province d’Oran, sans livrer un seul combat digne de ce nom, mais en faisant des progrès sensibles dans l’art de conduire les troupes. Dans le même temps, le général Baraguey d’Hilliers, rencontrant encore moins d’obstacles, parcourt les parties les plus ouvertes de la province d’Alger, épuise les troupes, s’en fait exécrer, et encombre de malades les hôpitaux et les infirmeries régimentaires de cette province. » Le fait est que, depuis son expédition sur Boghar et Taza, le général Baraguey d’Hilliers avait ravitaillé Médéa et Miliana dans la dernière quinzaine de juin et que, la chaleur étant devenue très forte, les hommes étaient entrés en foule à l’hôpital.

A l’automne, les opérations de ravitaillement furent reprises.