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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/796

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d’un vulgaire bonnet de coton ; aussitôt il demanda sa casquette, un sorte de képi à grande visière qui était bien connu des troupes ; et le lendemain, quand la marche fut reprise, les zouaves, accompagnant la fanfare, improvisèrent la Casquette du père Bugeaud.

Le 22 octobre, on arriva devant Saïda, qu’on trouva, comme Takdemt, comme Taza, comme Boghar, abandonnée, en flammes. « Cette enceinte, où Abd-el-Kader renfermait une grande partie de ses provisions et de ses munitions, écrivait le commandant de Montagnac, contenait dans son intérieur quelques constructions insignifiantes et quelques baraques pour un petit nombre d’habitans. A un des angles de cette enceinte était une habitation d’un goût exquis, dans le style arabe, décorée de moulures en plâtre parfaitement dessinées, de bas-reliefs en marbre très bien sculptés, de jolies galeries soutenues par plusieurs rangs de colonnes ; portes et fenêtres à ogives, dalles en marbre blanc, etc. ; une véritable bonbonnière. C’était là que l’émir venait se reposer des fatigues de la guerre et jouir d’un repos qui lui permettait de caresser mollement toutes ses grandes idées d’avenir. Tout a été la proie des flammes que lui-même avait allumées. L’enceinte, dont le mur était de 1m, 80 d’épaisseur, a été sapée à force de pétards, qui ont trouvé une résistance que nos constructions les plus solides n’offriraient peut-être pas. Toujours des destructions I Triste pensée, lorsque l’on songe avec quel peu de ressources cet homme éminemment remarquable avait formé de pareils établissemens ! »

Au sud de Saïda s’étend, de l’ouest à l’est, une vaste région de pâturages qui est comme la frontière des Hauts-Plateaux ; c’est la Yakoubia. Les tribus qui l’habitent, ou mieux la parcourent, ont été de tout temps en hostilité avec les populations agricoles du nord, surtout avec les Hachem, et c’était pour les surveiller et les contenir qu’Abd-el-Kader avait construit Saïda. La ruine de la forteresse était pour elles le commencement de la revanche ; pour l’achever, l’une d’elles, les Assasna, s’offrit à conduire les Français vers la retraite où se trouvait cachée une grosse fraction des Hachem. Dans la nuit du 23 au 24 octobre, on suivit les guides ; ils avaient promis le concours de deux ou trois autres tribus, qu’au point du jour on vit en effet paraître ; mais à l’endroit où ils avaient dit qu’on devait trouver les Hachem, on ne trouva rien que leurs traces. En poussant plus loin, à l’est, on atteignit quelques traînards et quelques mulets chargés d’effets militaires évacués des magasins de Saïda ; les mauvais plaisans assuraient que la capture se réduisait à deux ballots de boutons de guêtre.

Le général Bugeaud, qui n’était pas patient, commençait à se fâcher. Le 26, au bivouac de Tagremaret, sur l’Oued-el-Abd, la cavalerie venait de rentrer d’un fourrage qui n’avait donné que de