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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/794

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chef. Abd-el-Kader, qui la veille était campé près d’Aïn-Kebira, ne s’y trouvait plus ; il avait rétrogradé jusqu’à l’Oued-Maoussa, au débouché des ravins dans la plaine d’Eghris.

Le 8, au point du jour, le général Bugeaud lança contre lui toute sa cavalerie, chasseurs d’Afrique, spahis, Douair et Smela, mekhalias, Medjeher, 1,800 chevaux environ. A la gauche, les Medjeher se heurtèrent aux cavaliers rouges, qui les ramenèrent vigoureusement ; sans l’intervention des zouaves accourus au pas de course, ces malheureux Arabes étaient perdus ; leur chef, Ben-Carda, le principal auteur de leur soumission au bey de Mostaganem, fut tué dès le commencement. Ce n’était qu’un premier choc ; le combat fut soutenu longtemps encore par les khiélas de l’émir avec une fermeté qui fit l’étonnement de leurs adversaires et mérita leur estime. Ils se rallièrent trois fois et ne cédèrent qu’à la troisième charge ; leur étendard, pris et repris, passa plusieurs fois par des mains différentes, mais ils finirent par l’emporter dans leurs rangs. Le soir venu, leurs vedettes échangeaient avec celles des spahis de Jusuf des complimens sur leur mutuelle vaillance.

Le 9 octobre, le général Levasseur conduisit le convoi jusqu’à Mascara. Deux jours après, le général Bugeaud, laissant dans la place ses gros bagages, ses malades et la moitié de son infanterie, traversa la plaine d’Eghris à la recherche de l’émir et des Hachem-Gharaba, ses compatriotes, qui s’étaient retirés dans les montagnes boisées des Ktarnia, entre l’Oued-Hammam, qui est l’Habra supérieur, et le Sig. Cette poursuite dans un pays difficile ne donna que des résultats sans importance ; pour s’en revancher, le gouverneur alla détruire, le 16. octobre, la Guetna de Sidi-Mahi-ed-dine. C’était là qu’était né Abd-el-Kader ; c’était dans cette zaouïa qu’il avait passé sa première enfance. Il y avait quelques pauvres logis de tolba et de serviteurs qui furent livrés aux flammes avec la maison natale de l’émir. La veille, son frère, Sidi-Saïd, y résidait encore. Cette destruction d’un lieu de prière, de calme et d’étude, était-elle bien nécessaire ?

A l’ouest, les Hachem-Gharaba s’étaient mis hors d’atteinte ; à l’est, les Hachem-Cheraga n’avaient pas attendu davantage l’approche des Français. On disait qu’ils avaient émigré au-delà des montagnes qui ferment au midi la plaine d’Eghris. Après avoir refait ses vivres à Mascara, le général Bugeaud prit, le 19 octobre, la direction du sud. S’il ne rencontrait pas les Hachem, il était sûr d’arriver à Saïda, l’avant-dernier de ces établissemens militaires que le génie d’Abd-el-Kader avait su, presque sans ressources, créer sur la limite du Tell et des Hauts-Plateaux ; celui-ci détruit après Takdemt, Taza et Boghar, Sebdou, tout à l’ouest, resterait seul à détruire.