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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/785

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d’être l’écho du général de La Moricière et du colonel Cavaignac, et de venir à dessein lui dire en face, et en choisissant mon auditoire, qu’on pouvait vivre sur le pays, afin que, si plus tard il ne le soumettait pas, on pût soutenir que cet échec tenait à ce que lui, général Bugeaud, s’était refusé à employer les moyens qu’on lui avait indiqués pour y parvenir. Mes excuses furent mal reçues. J’avais indiqué qu’il y avait des ressources à tirer de ces moissons qui couvraient la terre : un ordre du jour me chargea d’assurer avec elles l’approvisionnement des magasins de Mascara. » D’abord étourdi de cet ordre qui lui tombait sur la tête, le capitaine, encouragé par La Moricière, se mit résolument à l’œuvre.

Après deux journées de repos à Mascara, débarrassé de l’artillerie de campagne et de réserve qui devait servir à la défense de la place, le corps expéditionnaire avait repris, le 1er juin, la direction de Mostaganem. La garnison de Mascara, sous le commandement du colonel Tempoure, se composait des deux bataillons de son régiment, le 15e léger, d’un bataillon du 41e de ligne, dont le chef était le commandant Géry, de trois compagnies de sapeurs et d’un détachement de canonniers. L’administration avait versé dans ses magasins de vivres un approvisionnement de cinquante jours. Il s’agissait d’augmenter ou de maintenir au moins à niveau cet approvisionnement, en fait de céréales. Le colonel Tempoure et surtout le commandant Géry s’y prêtèrent ; ils fournirent au capitaine de Martimprey des corvées de moissonneurs ; malheureusement c’était trop tôt : ni l’orge ni le blé n’étaient assez mûrs ; le rendement en grains fut médiocre ; mais on eut de la paille pour le couchage des malades. Il en était des boutades du général Bugeaud comme des bourrasques d’équinoxe : violentes et courtes. Quand il revint à Mascara, il fit bonne mine au capitaine moissonneur et lui donna les moyens de continuer son œuvre.

Le retour à Mostaganem ne s’était pas aussi paisiblement exécuté que le voyage de Takdemt. Au lieu de prendre le chemin connu par El-Bordj, le gouverneur avait voulu couper au plus court, à travers les montagnes des Beni-Chougrane ; mais le défilé d’Akbet-Kredda se trouva plus difficile qu’il n’avait pensé. C’était une arête étroite, séparée à droite et à gauche par des ravins infranchissables de deux crêtes parallèles qu’Abd-el-Kader avait fait occuper par de bons tireurs. Ce fut l’arrière-garde, composée de trois bataillons détachés des 6e et 13e léger et du 41e de ligne, sous les ordres du général Levasseur, qui eut particulièrement à souffrir ; elle eut 70 hommes hors de combat, dont 10 morts. Le 3 juin, le corps expéditionnaire rentrait à Mostaganem, et le duc de Nemours s’embarquait pour France.

Si le général Bugeaud était parfois exigeant, impatient, rude avec