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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/781

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investiture réelle. Il ne se payait d’aucune de mes raisons et soutenait que je le pouvais dès à présent ; que, quant aux subsistances, il s’arrangerait pour vivre. On ne se décide pas à des actes aussi graves sur des assurances de cette nature. J’ai donc résisté, et M. Duvivier a pris l’attitude de mécontent. Au fond, son mécontentement avait une cause plus puissante : il jalousait Baraguey d’Hilliers, qui lui enlevait le rang d’ancienneté ; il jalousait encore plus La Moricière, qui, étant son cadet, a un beau commandement bien réel. Il m’a demandé un congé que je lui ai accordé sans regret, parce que, avec du talent et du courage, il a un esprit bizarre et inquiet qui lui a fait perdre beaucoup dans l’armée. Dans ces derniers temps, il avait peu la confiance des troupes. Il est fâcheux qu’il ait quelques travers d’esprit, car il a de grandes qualités militaires, et je ne doute pas qu’après avoir pris quelque repos, dont il a d’ailleurs besoin, il ne puisse rendre encore à la France des services distingués. »

Quels qu’aient été les défauts et les torts de Duvivier, nous ne pouvons pas oublier qu’il date en Afrique de 1830, et lorsque, après avoir peiné à la tâche depuis l’aube du jour, se voyant préférer un ouvrier de l’onzième heure, il s’éloigne, c’est un devoir pour nous de saluer avec respect et regret son départ.


III

Le général Bugeaud avait hâte de rejoindre La Moricière dans la province d’Oran. Comme il voulait diviser les forces d’Abd-el-Kader et frapper en même temps, par des coups simultanés, l’imagination des Arabes, il avait décidé que, pendant qu’il marcherait à la destruction de Takdemt, Baraguey d’Hilliers marcherait à la destruction de Boghar et de Taza. C’est pourquoi il avait reconstitué la colonne expéditionnaire à peine revenue de Miliana. Dix bataillons, 1,100 chevaux des chasseurs d’Afrique, des gendarmes et des spahis, deux compagnies de sapeurs, quatre sections d’obusiers de montagne, deux sections d’ambulance et 850 mulets de bât, voilà l’ensemble des forces qu’il confiait à celui de ses lieutenans qui avait alors ses préférences.

Depuis que, dans les derniers jours de février, La Moricière était venu prendre les instructions de son chef, pas une heure n’avait été perdue, pas un détail sacrifié pour donner à l’exécution de son programme toute la perfection possible. Comme c’était de Mostaganem que devait partir le corps expéditionnaire, La Moricière y avait fait construire des baraquemens pour 15,000 hommes et 3,000 chevaux, des magasins aux vivres, des magasins d’habillement,