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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/719

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teur de la pureté de ses pensées, de la sincérité de sa politique. Il a pu parler de la France ; il a sûrement parlé aussi de la Bulgarie, de l’Orient, en désavouant toute hostilité contre la politique russe dans les Balkans. Il a mis toute son éloquence à dissiper les préventions que le tsar portait à Berlin : c’est vraisemblable, et comme il faut qu’un peu de comédie se mêle toujours aux choses les plus sérieuses, le chancelier se serait efforcé, dit-on, de démontrer à Alexandre III qu’on l’avait abusé par d’audacieuses falsifications de dépêches, destinées à dénaturer les intentions et les actes de sa diplomatie. Et à qui, s’il vous plaît, seraient dues ces falsifications ? Elles seraient tout simplement l’œuvre des orléanistes, qui n’auraient d’autre occupation que de chercher à brouiller l’Allemagne et la Russie, de souffler partout la guerre ! Que viennent faire en tout cela les orléanistes ? Quel intérêt ont-ils à conspirer contre le repos de l’Europe ? Une fois dans la voie des confidences, M. de Bismarck ne se serait pas arrêté à mi-chemin : il aurait dévoilé au tsar un autre mystère, une autre conspiration : il lui aurait dit qu’il y avait à la cour même de Berlin un parti peu nombreux, mais influent, qui passe son temps à le représenter, lui le chancelier, comme l’ennemi de la Russie, comme l’interprète infidèle des volontés de son propre souverain, de l’empereur Guillaume. Le chancelier a dit ce qui lui a plu et le tsar a cru ce qu’il a voulu ! Ce ne sont peut-être pas, après tout, les orléanistes ni même les ennemis de cour qui, depuis quelque temps, ont interdit à la banque de Berlin de recevoir en gage les titres russes, qui se préparent en ce moment à augmenter les droits d’entrée sur les blés d’Odessa, qui entretiennent une guerre perpétuelle de police à la frontière contre tout ce qui est russe, qui ont resserré dernièrement la triple alliance. Il serait intéressant de savoir si les deux puissans interlocuteurs se sont expliqués sur ces divers points de la politique entre les deux empires, et ce qu’ils ont décidé avant de se quitter, l’un pour rentrer à Pétesbourg, l’autre pour retourner momentanément à Friedrichsruhe.

Le fait est que la visite de l’empereur Alexandre a pu sans doute dissiper quelques nuages, mais qu’en définitive on n’est pas beaucoup plus avancé, et c’est dans ces conditions que le parlement allemand a été ouvert par un discours qui se ressent visiblement d’une situation assez sombre et assez incertaine. Ce qui assombrit la situation à Berlin, c’est la préoccupation de la santé du prince impérial, préoccupation que la vieillesse du souverain rend plus vive encore. Ce qui peut paraître incertain tient à tout un ensemble de choses en Europe. Ce discours, que le secrétaire d’état, M. de Bœtticher, est allé lire l’autre jour, à défaut de l’empereur, à la salle blanche du palais, est sans doute suffisamment rassurant. Il désavoue toute intention de