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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/641

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catholique et pour le rite grec, d’un théâtre et d’un conservatoire de musique, d’une salle de bal, d’un jardin botanique, d’une quarantaine. Il y eut un institut pour l’éducation des garçons et des filles de la noblesse, un gymnase ou école secondaire pour l’enseignement des connaissances nécessaires au commerce : ce que nous appellerions aujourd’hui l’enseignement spécial. Les gens de métier furent organisés en zechs ou corporations. Il y eut une police, un service de santé, des médecins pour la vaccination, qui n’avait été cependant introduite, même en France, qu’en 1800. Richelieu créa un bureau de change, un hôtel de la Monnaie, une banque d’escompte, une société d’assurance maritime, la première qu’ait connue la Russie. A Odessa, comme dans le reste de la monarchie, les contestations entre négocians devaient être portées devant les tribunaux ordinaires, dont la compétence était médiocre, la procédure lente et coûteuse : Odessa dut à son gouverneur le premier tribunal de commerce qu’on ait vu dans l’empire. Successivement toutes les nations européennes accréditèrent à Odessa leurs consuls. En 1804, le nombre des habitans s’élevait déjà à 8,000 ; il était d’environ 40,000 en 1812. Le renom du duc de Richelieu y attira quantité de Français ; c’est ainsi que Sicard y vint en 1804 : « A cette époque, nous dit-il, j’étais à Marseille ; on y parlait à peine d’Odessa, sans avoir nulle idée de la ville ni du pays, et conséquemment de son commerce, et je vis décider trois ou quatre expéditions pour Odessa, sur ce que le jeune duc de Richelieu, comme on l’appelait alors, en était gouverneur ; ce fut sous les mêmes auspices que je me décidai aussi moi-même à y venir pour quelques mois. »

Au milieu de cette splendeur nouvelle de la cité, le duc observa la même simplicité de vie. Parmi les monumens dont il dota la ville, le palais du gouverneur fut seul oublié. Il gagna surtout le cœur des habitans par ses manières unies et affables, qui n’ôtaient rien à sa dignité et à son air de grand seigneur. Il aimait à se promener seul par les rues, à entrer dans les magasins et les fabriques, à converser avec les industriels, les ouvriers, les paysans. Il connaissait par son nom chaque chef de maison et presque chaque habitant. Un des principaux négocians, faute de comprendre l’utilité d’un de ses actes d’administration, avait porté plainte à Pétersbourg ; le duc entra un jour chez lui et y fit une frugale collation. En sortant, il dit à la personne qui l’accompagnait : « Puisque j’ai rencontré cet homme, j’ai tâché de lui faire voir que je ne lui en voulais pas pour sa plainte contre moi. » Sicard raconte qu’à son arrivée à Odessa, pendant qu’il était encore à la quarantaine, il vit venir à lui un officier-général qui s’informa de sa santé et du but de son voyage, lui demanda des nouvelles commerciales de Marseille et lui offrit ses services en l’engageant à aller le voir à son entrée