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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/537

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l’ambition française. Que si, donc, pour maintenir le degré de gloire et de puissance qu’il avait acquis, de nouvelles luttes étaient imposées au vainqueur de Friedberg et de Sohr, et qu’un auxiliaire dût encore être cherché au dehors, ce ne serait point aux armées françaises qu’il irait le demander. Leur présence importune avait trop fatigué leurs hôtes. La protestante Angleterre, rapprochée de lui par des sympathies de religion, d’origine et de parenté, pouvait lui fournir le secours beaucoup moins onéreux de sa marine et de ses subsides. L’alliance de la Prusse et de l’Angleterre, telle que l’avait inaugurée, à l’insu et au détriment de la France, la convention de Hanovre, allait ainsi devenir le pivot des futures combinaisons diplomatiques de Frédéric, et si ce récit doit être continué, ce sera du côté de Londres, en effet, qu’on le verra tourner sa pensée, et orienter dans cette direction nouvelle le vaisseau pavoisé par la victoire dont il tenait en main le gouvernail.

Au même moment, une révolution inverse s’opérait dans l’esprit de Marie-Thérèse. L’annonce imprévue de cette même convention de Hanovre, unissant dans une intimité occulte la Prusse et l’Angleterre, l’avait brusquement poussée (avec quelle ardeur nous l’avons vu) dans la voie d’un rapprochement avec la France. On aurait tort de croire que ce fut là seulement un effet passager de l’irritation et de la surprise, ou un accès de capricieuse impatience. C’était la particularité de ce caractère de Marie-Thérèse, auquel aucun autre en vérité ne ressemble dans l’histoire, de réunir des qualités qui, étant ordinairement l’apanage de sexes différens, peuvent paraître incompatibles. Dans le cas présent, la vivacité, la clairvoyance propres à la jalousie féminine, vinrent chez elle en aide à la pensée virile et réfléchie d’un esprit vraiment politique. L’ambition prussienne, soutenue, appuyée par l’Angleterre, ce fut pour elle un trait de lumière : elle se vit en présence d’un danger menaçant son empire et sa race, auquel nul autre ne pouvait être comparé. Frédéric maître de la Silésie, c’était l’ennemi attaché à ses flancs, et pouvant à toute heure porter le fer dans son sein. Qu’était-ce alors, auprès de cette inimitié intime et domestique, que la rivalité surannée des maisons de France et de Habsbourg ? Avec la France, on se battait à distance depuis des siècles pour un degré plus ou moins étendu de pouvoir et d’influence ; avec la Prusse, c’était un combat corps à corps, pour le fond même de la dignité et de l’existence, et dans ce duel, dont le centre même de l’Allemagne serait le théâtre, l’Angleterre, qui déjà s’éloignait, ne pouvait plus lui être d’aucun secours. De là cette main tout de suite tendue vers la France, et qui, si elle ne fut pas saisie alors, ne devait plus être retirée. Chose étrange et presque inouïe, pendant trois années