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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/352

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plus profondément dans les secrets de la nature et de la Providence. La psychologie, même ne repousse pas l’aide de la physiologie, mais elle s’en distingue ; l’esprit, qui, pour se connaître, ne peut s’en fier qu’à lui-même, ne sait, que trop qu’il est joint, à un. corps. Descartes, qui a fait la Discours de la méthode, a fait aussi le Traité des passions de l’âme. Mais la philosophie, malgré les emprunts qu’elle peut demander aux sciences, n’en est pas moins indépendante. Elle sent sa supériorité, non point par une illusion d’amour-propre, mais parce qu’elle est antérieure aux autres sciences et plus générale qu’aucune d’elles. La philosophie gardera la priorité qui lui est échue, dans le temps et dans l’ordre universel des choses ; ce n’est pas elle qui a posé ces règles immuables ; elle y obéit comme le reste ; et le seul avantage peut-être qu’elle revendique, c’est de les comprendre aussi clairement, que le permet notre trop réelle infirmité.

Concluons qu’entre les sciences et la philosophie, il n’y a pas plus aujourd’hui qu’autrefois le moindre motif de dissentiment ; elles servent toutes deux une seule et même cause, et contribuent à un résultat commun : l’interprétation de plus en plus exacte et de plus en plus large des œuvres de Dieu. D’où viennent donc des divergences qui nuisent également à l’une et à l’autre ? Elles tiennent uniquement à des préjugés dont les meilleurs esprits ne se préservent pas toujours. L’antiquité, exempte de ces préventions, n’a jamais connu une telle différence entre les sciences et la métaphysique. Les controverses de notre temps passeront comme tant d’autres, sans laisser plus de traces ; et surtout elles ne changeront rien aux relations essentielles de la philosophie et des sciences. Mais ce qu’on pourrait attendre des savans qui se plaisent à ces polémiques, ce serait de montrer un peu plus de tolérance. On a pu les avertir assez justement qu’ils renouvellent contre la philosophie la guerre que lui a faite, pendant si longtemps, la théologie. S’unir à la théologie contre la libre métaphysique, c’est une violente contradiction de la part des sciences contemporaines ; elles se l’infligent cependant, sans se douter peut-être de la faute qu’elles commettent si gratuitement. Il est vrai que jadis les persécuteurs supprimaient la personne de leurs adversaires ; aujourd’hui, on se contente de supprimer les questions ; et, du même coup, la philosophie, qui dès lors n’aurait plus de raison d’être. Toute proportion gardée entre les époques, les sciences ne se font guère plus d’honneur que la théologie, par de hautaines et insoutenables négations, ou par une indifférence peu digne d’elles.


BARTHELEMY-SAINT HILAIRE.