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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/344

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qu’il nous est donné d’en apprendre nous cause, grâce à la sublimité de ce savoir, bien plus de plaisir que tout ce qui nous environne, de même que, pour les personnes que nous aimons, la vue du moindre et du plus insignifiant objet nous est mille fois plus douce que la vue prolongée des objets les plus variés et les plus beaux. » Aussi, avec quel enthousiasme, avec quels ravissemens inattendus, le fondateur de la logique, de la psychologie, de la météorologie, de la science politique, de l’histoire naturelle et de tant d’autres sciences, ne vante-t-il pas les inexprimables jouissances que nous procure la contemplation de la nature, où rien n’est à négliger, parce que tout y resplendit de puissance, de sagesse et de beauté ! Mais Aristote ne se contente pas d’admirer la nature ; il enseigne le moyen de la connaître. Ce moyen unique, c’est l’observation des faits, première loi de la méthode ; il l’a lui-même toujours pratiquée, et il la recommande magistralement à toutes les sciences, qui doivent y rester à jamais fidèles. Bacon, au XVIIe siècle, ne faisait donc que répéter Aristote ; Bacon n’inventait rien, et surtout il n’apportait pas à l’esprit humain le nouvel organe qu’il lui promettait.

Après Aristote, après Platon, après Pythagore, parlant au nom de la Grèce, Sénèque, qui peut parler au nom de Rome, s’exprime à peu près comme eux : « Ce que la philosophie, dit-il, a de plus grand et de plus estimable, c’est que la divinité n’en a donné naturellement la connaissance à personne ; mais elle a accordé à tout le monde la faculté de l’acquérir ; on ne la doit qu’à soi-même, on ne l’emprunte pas d’un autre. Si c’est aux dieux immortels que nous devons la vie, c’est à la philosophie que nous devons de savoir employer la vie comme il convient. La sagesse en est le fruit et la récompense. »

Après de tels enseignemens reçus des anciens, que restait-il à faire, si ce n’est ce qu’a fait Descartes ? C’était de montrer à l’esprit humain, replié sur lui-même, les trésors qu’il renferme, et lui indiquer la voie qu’il doit suivre pour marcher du pas le plus assuré et le plus fécond. Descartes ne veut pas faire de la science un métier pour le soulagement de sa fortune ; mais avant de se livrer sans retour à ses études solitaires, il parcourt le monde, où, pendant neuf années, « il roule çà et là, » ainsi qu’il nous le dit lui-même, observant les choses sans s’y mêler plus que ne le ferait un disciple attardé du pythagorisme. Désormais la philosophie, sans jurer sur la parole d’un maître, et tout en conservant sa pleine indépendance, doit se mettre à l’école de Descartes, parce que c’est l’école de la vérité. On s’égare dans la mesure où l’on s’en éloigne. Notre siècle agité a vu des philosophes se faire gloire de