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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/231

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plusieurs autres auteurs qui se sont déchaînés comme lui contre cet usage, sans avoir pu empêcher qu’il ne se soit perpétué jusqu’à nos jours. » Il daignait toutefois entrer en discussion, il apprenait à cet ignorant l’utilité de la torture, il en énumérait les nombreux avantages, et il finissait par ce trait inoubliable, qu’à défaut de tout autre c’était encore assez pour « justifier » la torture de « l’intérêt particulier qu’y avait l’accusé lui-même. » Je le demande à M. Moreau : si nous n’avions eu, pour améliorer la matière de l’instruction criminelle, que des Muyart de Vouglans, oserait-il m’assurer que la torture n’existerait pas encore ? Mais, d’autre part. qui ne voit que ce conseiller n’aurait jamais songé seulement à en « justifier l’utilité, » si quelques auteurs « ne s’étaient déchaînés contre cet usage ? » et qui ne saura gré à ces publicistes ignorans et incompétens de l’y avoir obligé ? Quand « l’omniscience présomptueuse » de nos auteurs dramatiques ne ferait ainsi qu’inquiéter nos jurisconsultes sur la solidité de leurs positions, ce serait bien quelque chose, et dont il faudrait avoir déjà quelque reconnaissance. Mais elle fait mieux encore que cela, en reprenant à sa manière, qui est quelquefois la bonne, quelques-unes de ces mêmes questions qu’ils ne savent, eux, traiter qu’avec leur méthode et leur esprit juridique. Elle les renouvelle, en effet, en remontant, à travers les commentaires et par-delà les traditions, jusqu’à l’origine même et à la source du droit ; et puisqu’il lui est arrivé de rendre à l’humanité quelques services, — d’une autre nature, à la vérité, mais non pas moins utiles que ceux des jurisconsultes, — on peut espérer qu’elle en rendra d’autres encore.


F. BRUNETIÈRE.