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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/200

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ner’s Chronicle un article fort élogieux. Gray, l’éminent botaniste américain, est plus que converti : c’est un adepte militant qui livre un combat formidable aux États-Unis en faveur de Darwin. Huxley se rallie aussi, et écrit à Darwin : « J’espère que vous ne vous laisserez pas ennuyer ou dégoûter par les injures nombreuses et les mésinterprétations qui, si je ne me trompe fort, vous attendent. Soyez bien persuadé que vous avez droit à la reconnaissance éternelle de tous ceux qui pensent. Quant aux roquets qui aboieront et grogneront, rappelez-vous que quelques-uns de vos amis, en somme, sont doués d’un degré de combativité qui, bien que vous l’ayez souvent et à juste titre blâmé, peut vous être d’un grand secours. J’aiguise bec et ongles en prévision de l’avenir… » Non content de déclarer ainsi sa foi, Huxley la veut proclamer à tous, et publie dans le Times un article admirable, — comme la plupart des productions du maître écrivain qui double l’éminent savant, — tout en faveur de Darwin. À côté de ces convertis de la première heure, il faut ranger encore Wallace naturellement, qui s’exprime en termes chaleureux, sir John Lubbock, Watson, Ramsay, von Baer, Bentham, M. Dareste, le marquis de Saporta. M. de Quatrefages, à l’opinion duquel Darwin attache une haute valeur ; M. Laugel, dont l’article publié ici même est cité à diverses reprises par Darwin comme étant l’un des meilleurs. Les témoignages de sympathie venant de France sont d’autant plus agréables à Darwin que l’Académie des Sciences est assez peu disposée en sa faveur. Élie de Beaumont invente, pour l’Origine des Espèces, le surnom de « science moussante, » qui, selon Huxley, « le condamne à une notoriété perpétuelle ; » et Flourens publie un volume destiné, dans sa pensée, à ne plus laisser debout un seul des argumens de Darwin. « Quel jargon métaphysique jeté mal à propos dans l’histoire naturelle, qui tombe dans le galimatias dès qu’elle sort des idées claires, des idées justes ! Quel langage prétentieux et vide ! Quelles personnifications puériles et surannées ! Ô lucidité ! ô solidité de l’esprit français, que devenez-vous ? » Flourens a oublié d’ajouter quelles sont, pour lui, les idées claires dont il parle. Cette critique laisse Darwin assez froid. « Cela me fait plaisir, dit-il, car cela montre que la doctrine se propage en France : » cela lui suffit. Huxley, moins philosophe, et que, d’ailleurs, la polémique est loin d’effrayer, ajoute en guise de réflexion : « Étant privés de la bénédiction que confère la possession d’une académie, nous ne sommes pas habitués à voir traiter de la sorte nos hommes les plus éminens, même par un secrétaire perpétuel. »

S’il y a des adeptes de la première heure, il y a aussi des ennemis acharnés. Il en est qui ne comptent pas : c’est le grand nombre, et nous n’en parlerons pas. Parmi ceux qui comptent, il faut