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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/183

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LA VIE DE CHARLES DARWIN.

Pour les réponses longues, il fait souvent un brouillon écrit sur le verso d’épreuves ou de manuscrits désormais inutiles. Il écrit avec soin, et, quand ce n’est pas lui qui tient la plume, il recommande à son secrétaire, un de ses enfans, d’écrire avec soin, surtout si c’est à un étranger que sa lettre est destinée. Toutes ses lettres sont empreintes d’une profonde courtoisie et d’une vive sympathie. — Après sa correspondance, les affaires. Il tient ses comptes très exactement et avec un soin méticuleux ; il est économe, ayant à cœur de laisser à ses enfans le plus qu’il pourra, craignant pour eux un état de santé qui les empêche de gagner leur vie. Mais il est plus généreux encore qu’économe, et, à la fin de l’année, il partage entre ses enfans le surplus de ses revenus. Sa petite économie qui frappe le plus, c’est celle du papier. Il détache les feuilles blanches des lettres, il conserve tous les placards et ses vieux manuscrits, qu’il utilise pour des notes, des brouillons.

Vers les trois heures, la correspondance étant achevée, il monte à sa chambre, s’étend sur un divan, et, tandis qu’il fume une cigarette, écoute la lecture d’un roman. Il ne fume qu’au repos ; pendant qu’il travaille, il prise, habitude qui date de Cambridge. À un moment, il avait renoncé au tabac ; mais il se sentit si « léthargique, stupide et mélancolique, » qu’il y revint au bout d’un mois. Souvent, sous un prétexte quelconque, — pour voir si le feu de son cabinet ne tombe pas, dit-il, — il sort du salon ; mais si l’on offre d’y aller voir à sa place, il se trouve qu’il va aussi et surtout chercher une prise de tabac. Ce n’est pas un grand fumeur.

La lecture l’endort parfois, ce qu’il regrette, car la lacune qui résulte de son sommeil nécessite des explications pour l’intelligence de l’intrigue. À quatre heures, il descend, et sort encore pour faire une promenade d’une demi-heure. Il rentre et travaille pendant une heure. Après quoi, nouvelle lecture à haute voix, avec une cigarette. Pendant que le reste de la famille dîne, il prend un léger repas : un œuf, une tranche de viande. Après quoi, une partie de tric-trac avec sa femme et une lecture scientifique occupent une partie de la soirée. La fin de celle-ci est consacrée à un peu de musique, — il a quelques morceaux favoris, — et à une dernière séance de lecture. Il aime beaucoup les romans ; mais, comme on l’a vu, il veut qu’ils finissent bien. Un roman qui finit tragiquement lui déplaît à coup sûr. Ce qu’il aime, c’est une intrigue intéressante, avec une terminaison satisfaisante ; un roman de pure psychologie ne lui plaît guère. Ces lectures à haute voix le tiennent admirablement au coupant de la littérature légère ; mais les romans n’en constituent pas le seul fonds : on lui lit aussi des biographies, des livres de voyage ; les lectures scientifiques sont les seules qu’il fasse sans aide. Il lit diffici-