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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/181

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LA VIE DE CHARLES DARWIN.

Le choix de Down fut le résultat du désespoir plutôt que d’une préférence marquée : fatigué d’avoir longtemps cherché en vain, il prit la première maison qui lui convînt tant soit peu. Down est un village fort tranquille et retiré, sur un plateau de 300 mètres d’altitude, voisin de Londres. La maison est simple, si simple qu’il faut, dès le début, y faire des additions.

C’est à Down que s’écoulera maintenant et que s’achèvera la vie de Darwin ; il ne s’absentera que rarement, à de longs intervalles, et pour raisons de santé principalement, ou pour faire des visites à sa famille et à ses amis. La vie y est tranquille, mais sa régularité, sa méthode ont quelque chose de très attachant, et il nous sera permis de nous arrêter un peu sur ce sujet. Rappelons seulement que cette esquisse se rapporte plutôt à la vie de Darwin, parvenu à l’âge mûr et dans sa vieillesse, qu’à celle qu’il menait dans les premiers temps de son installation. Les élémens nous en sont fournis par les réminiscences de Francis Darwin, qui, dans un chapitre très intéressant, nous a donné tous ses souvenirs personnels concernant la vie quotidienne de son père.

Darwin était de haute taille, mais de carrure moyenne, un peu voûté dans sa vieillesse, à mouvements plutôt gauches. Il était maigre. Son front, fort élevé, abritait des yeux bleu gris enfoncés sous des sourcils touffus ; il portait une longue barbe, très fournie, mais devint chauve. Son visage était coloré, même lorsqu’il était le plus souffrant, et le contraste entre son état intime, réel, et son apparence extérieure, était souvent extraordinaire. Son vêtement était toujours sombre, de forme aisée ; il portait un chapeau de paille ou de feutre mou, selon la saison, et, pour sortir, il jetait sur ses épaules un manteau court, sans manches, qu’à l’intérieur il remplaçait par un plaid. Étant assez frileux, il portait sur ses chaussures d’intérieur des bottes de drap fourré ; mais souvent, au cours de son travail, on le voyait enlever ces additions au costume normal : il avait trop chaud, et cela indiquait une lutte plus vive entre l’écrivain et son sujet.

L’emploi de la journée est très méthodique à Down : Darwin se lève tôt et fait une courte promenade. Avant huit heures, il a déjeuné ; de huit heures à neuf heures et demie, il travaille ; à neuf heures et demie, il vient au salon pour le courrier qu’il lit, après quoi on lui fait une lecture à haute voix jusque vers dix heures et demie. C’est toujours une lecture de roman. De dix heures et demie à midi, il travaille encore, et c’est généralement dans sa vieillesse la fin du labeur quotidien. Il sort alors, le plus souvent avec son terrier blanc, Polly, animal fort intelligent auquel son maître est très attaché. Polly est une rusée qui sait suivre ses avantages. Lorsqu’elle a faim et que son maître vient à passer, la voilà qui se