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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/179

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LA VIE DE CHARLES DARWIN.

père espère à peine que l’état de ma santé puisse s’améliorer avant quelques années. La déception est amère pour moi, lorsque j’arrive à la conclusion que « la course est gagnée par le plus fort, » et que je ne ferai pas grand’chose de plus que de me contenter d’admirer les enjambées que font les autres dans le domaine de la science. » C’est ce fâcheux état qui l’obligea plus tard à renoncer à la vie de Londres. Mais n’anticipons pas. À son retour, après quelque temps passé à Shrewsbury auprès de sa famille, il s’établit à Cambridge, puis à Londres, pour étudier ses collections, ses notes, et en tirer différens travaux. Son embarras est d’abord grand ; il sent qu’il ne pourra suffire à tout : géologie, botanique et zoologie. À qui s’adresser pour se charger de certaines parties de ses collections, et pour que son travail ne soit pas perdu ? Au début, l’on ne fait guère bon accueil au jeune naturaliste : chacun a trop à faire pour s’occuper de ses collections, si péniblement réunies. Les choses finissent cependant par s’arranger : les matériaux recueillis par Darwin ne seront point perdus, grâce à quelques collaborateurs de bonne volonté pour divers sujets dont Darwin ne peut se charger : il se réserve d’écrire un résumé de voyage et quelques monographies. Peu de temps après, il obtient du gouvernement une subvention de 25,000 francs pour la publication des résultats scientifiques de son voyage.

Son Voyage l’occupe fort, mais n’avance que lentement à cause des distractions de Cambridge ; il voit beaucoup Lyell, avec qui il discute la géologie de l’Amérique. Durant l’automne de 1837, il est si fatigué qu’il lui faut s’arrêter un peu : ses palpitations de cœur le reprennent, le médecin lui prescrit un repos complet de quelques semaines. À la même époque, on lui propose les fonctions de secrétaire de la Société géologique, qui lui répugnent fort pour diverses raisons, parmi lesquelles son ignorance des langues étrangères et le temps que cela lui prendrait ; il les accepte cependant et les conserve de 1838 à 1841. Entre temps et pour se reposer, il fait quelques excursions rapides, durant lesquelles il s’occupe de géologie : la plus importante fut celle de Glen-Roy, dont il chercha à expliquer les différentes routes parallèles d’origine glaciaire, mais sans y réussir. Il se lia beaucoup avec Lyell, à cette époque, Lyell, qui, avec ses Principles of Geology, venait de secouer de fond en comble la géologie classique d’alors, et de lui fournir de nouvelles et solides bases, et qui était plein de sympathie pour le jeune naturaliste. Dans plusieurs de ses lettres de cette époque, Darwin dit qu’il paresse beaucoup, mais d’une façon particulière : « J’ai été dernièrement fort tenté d’être paresseux, en ce qui concerne la géologie pure, par suite du nombre étonnant d’aperçus nouveaux qui se présentaient d’affilée et d’une façon serrée à