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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/175

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LA VIE DE CHARLES DARWIN.

Cela ne l’empêcha cependant pas de passer son examen, et les vacances furent joyeusement consacrées à la pêche et aux insectes.

En 1831, Darwin quitta Cambridge, ayant son grade de maître ès arts. Après une excursion géologique qu’il fit avec Sedgwick dans la partie nord du pays de Galles, excursion qui avait pour but de le familiariser avec la géologie, à l’étude de laquelle Henslow le poussait fort, il trouva à son retour, à Shrewsbury, une lettre de Henslow contenant une intéressante proposition qui cadrait bien avec les désirs de voyage du jeune naturaliste. En avril 1831, en effet il écrivait à Fox : « J’ai en tête, — que je parle, pense ou rêve — un projet que j’ai presque amené à éclosion, qui consiste à aller aux îles Canaries. Depuis longtemps, je désire voir un paysage et la végétation des tropiques, et, selon Humboldt, Ténériffe est un fort joli échantillon. » En mai, de nouveau : « Quant à mon projet concernant les îles Canaries, il est téméraire de me questionner ; mes amis voudraient m’y voir, tant je les harcèle de mes paysages tropicaux, etc. Eyton ira l’été prochain, et j’apprends l’espagnol. »

La lettre en question informait Darwin que G. Peacock, professeur d’astronomie à Cambridge, venait d’écrire à Henslow pour le prier de lui recommander quelque jeune naturaliste qui pût accompagner une expédition hydrographique à la Terre de Feu et dans l’archipel Indien pour faire des études d’histoire naturelle, et Henslow avait pensé à Darwin.


Peacock m’a demandé, — il lira cette lettre et vous l’enverra de Londres, — de lui recommander un naturaliste qui accompagnerait le capitaine Fitz-Roy, chargé par le gouvernement de reconnaître les côtes sud de l’Amérique. J’ai déclaré que je vous considérais comme la personne la plus capable de mener à bien cette tâche.

Ce n’est pas que je vous considère comme un naturaliste achevé, mais je sais que vous pouvez collectionner, observer et noter ce qui est digne d’être enregistré en histoire naturelle.


Henslow répondit à Peacock que Darwin pourrait lui convenir, et Peacock écrivit bientôt à ce dernier, lui donnant les détails de l’affaire. Darwin en référa à son ami Henslow, à son-père et à son oncle Josiah Wedgwood. Henslow l’engageait vivement à accepter. Lui-même sentait combien l’offre était avantageuse, mais le docteur Darwin y était opposé pour différentes raisons : il considérait que ce voyage enlèverait à son fils le goût des habitudes sédentaires et interromprait bien inutilement sa préparation aux ordres.

Le jeune homme consulta son oncle Wedgwood. Il lui adressa la liste des objections formulées par son père, en lui demandant son