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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/165

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qu’une appréciation plus froide des choses aurait tempéré, Lassalle croyait pouvoir déterminer dans l’ordre économique un mouvement analogue au mouvement de réforme engagé par Luther par l’affichage de ses thèses sur le portail de la cathédrale de Wittemberg. Plein de confiance dans sa mission, il exposa ses idées dans une série de conférences faites à Berlin, lorsque le comité central de l’association ouvrière de Leipzig vint lui demander son avis sur la réunion d’un congrès ouvrier pour discuter les mesures à prendre ou à demander au gouvernement dans l’intérêt des travailleurs. Les questions ouvrières revenaient à Tordre du jour, après un silence de dix années dû à la répression des mouvemens révolutionnaires socialistes de 1849. Lassalle persuada au comité de Leipzig de renoncer au projet de congrès, pour participer avec lui à l’organisation d’une association générale des ouvriers allemands. L’Allgemeine deutsche Arbeiterverein fut institué sous ces auspices à Leipzig, le 23 mai 18G3, en présence d’environ six cents délégués, représentant onze grandes villes d’Allemagne : Hambourg, Hanovre, Cologne, Dusseldorf, Mayence, Elberfeld, Barmen, Solingen, Leipzig, Dresde et Francfort. A Francfort, le promoteur de l’association parla d’une avance de 100 millions de thalers à faire par l’état, et qui devait suffire pour assurer provisoirement l’application du système national des associations coopératives de production. En même temps, l’Arbeiterverein inscrivit en tête de ses statuts la revendication du suffrage universel, et Lassalle reprit ses conférences pour agiter l’idée de (a constitution de l’unité nationale de l’Allemagne, sous l’égide de la Prusse, avec exclusion de l’Autriche de la confédération. Si ces dernières manifestations trouvèrent un écho au ministère prussien, le gouvernement ne mit aucun empressement à fournir l’avance des 100 millions demandés pour l’émancipation sociale du prolétariat. Bien au contraire, la police dispersa souvent les réunions du réformateur, confisqua ses écrits et l’amena devant les tribunaux sous l’inculpation de haute trahison. Au lieu de cent mille adhésions attendues pour la première année, l’association générale des ouvriers allemands réunit à peine quelques centaines de membres payant cotisation. Quelques applaudissemens dans les réunions publiques et les acclamations d’une foule, entraînée par l’éloquence de sa parole, ne suffirent pas pour entretenir longtemps chez Ferdinand Lassalle l’illusion du succès, ni ne pouvaient remplacer les ressources matérielles. Encore avait-il à intervenir à tout moment pour calmer les rivalités et les dissensions de ses lieutenans dans les sections de l’association et pour rétablir l’ordre dans la caisse, où ses versemens personnels tenaient lieu des contributions de ses prosélytes. Une mort violente et