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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/152

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socialisme révolutionnaire en Allemagne dépassent en intensité l’accroissement déjà si considérable de la population.


III

Les revendications actuelles des députés socialistes pour la protection du travail et des ouvriers ne donnent pas l’idée du vrai programme du parti. Ce programme fut arrêté au congrès tenu à Gotha au mois de mai 1875, pour la fusion en un parti unique des associations ouvrières à tendances communistes. Nous y retrouvons la doctrine de Karl Marx sur le socialisme international et la constitution de l’état socialiste, fondé sur la confiscation de la propriété individuelle pour l’exploitation collective, en vue de la répartition des produits dans la mesure des besoins de chacun. Tout en demandant des réformes économiques adaptées aux conditions actuelles de la société et susceptibles, à leur avis, d’assurer l’organisation de l’état ouvrier par une transformation pacifique, les chefs du parti conviennent qu’en réalité la résistance de la bourgeoisie aura pour effet le renversement de l’ordre de choses existant par une révolution violente. Dans son exposé plus ou moins nuageux ou diffus, le programme de Gotha s’exprime ainsi : « Source de toute richesse et de toute civilisation, le travail, pour être d’une utilité universelle, doit être entrepris par la société elle-même. C’est à la société, à tous ses membres pris collectivement, qu’appartient en totalité le produit de ce travail. Tous les citoyens ont les mêmes droits et les mêmes devoirs pour l’exploitation commune. La part du produit pour chacun sera mesurée à ses besoins raisonnables. Dans la société actuelle, les capitalistes possèdent comme monopole des moyens de travail ou de production. Par suite, la classe ouvrière se trouve dans une complète dépendance, qui est la cause unique de la misère et de la servitude sous toutes ses formes. Pour l’affranchissement des travailleurs, il faut que les moyens de travail deviennent le lien commun de la société, que l’exploitation soit organisée dans un intérêt collectif, avec une. répartition juste des profits obtenus. L’affranchissement du travail doit être l’œuvre exclusive de la classe ouvrière. Toutes les autres classes de la société ne sont, vis-à-vis de la classe ouvrière, que des masses réactionnaires. — Conformément à ces principes, le parti des ouvriers socialistes allemands s’efforcera d’arriver, par tous les moyens légaux, à l’établissement de l’état libre et à l’organisation communiste de la société ; il cherchera à briser la loi d’airain du salaire par l’abolition du système du travail salarié, à en finir avec l’exploitation de l’homme par l’homme, à faire cesser toutes les