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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/143

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des services sérieux. Excellens comme organes d’information sur les intérêts professionnels, tenant la place des chambres ouvrières que réclament les socialistes, ces syndicats, avec leurs comités où ouvriers et patrons sont appelés à se concerter, verront leurs prérogatives s’étendre et devront exercer une influence bienfaisante, dans les différends entre le capital et le travail. Une statistique exacte du travail et des salaires, dans leurs rapports avec la production industrielle en Allemagne, sera un des premiers fruits des syndicats d’assurance. Cette statistique servira de fondement tout à la fois à la législation ouvrière et à la politique économique du gouvernement dans l’avenir. Au Reichstag, les différentes fractions parlementaires se montrent favorables à la présentation d’un projet pour l’institution d’un bureau destiné à recevoir les offres et les demandes de travail dans les syndicats. A la chancellerie de l’empire, on prépare actuellement un projet d’assurance pour garantir des pensions aux invalides, aux veuves et aux orphelins des ouvriers. Nul n’est en état de prévoir, avant l’expérience, dans quelle mesure ce dernier projet sera réalisable. Ce que nous savons, c’est que le prince de Bismarck va de l’avant dans cette voie avec toute son énergie. L’ancien droit prussien proclame le principe du droit au travail, l’obligation pour l’état de procurer à ses citoyens les moyens d’assurer leur existence. Ce principe une fois reconnu implique comme conséquence une intervention active de l’état, une intervention contraire à la pure doctrine libérale du laisser-faire. Laisser-faire, laisser passer ! séduisante maxime, mais aussi formule vide et creuse, en fait sans usage pour les hommes d’état aux prises avec les nécessités de la politique, et que répudient tôt ou tard, par leurs actes, ceux-là mêmes qui l’ont honorée comme théorie académique et dans les hauteurs sereines de l’idéal.


II

Qu’ils s’y prêtent ou non, les gouvernans des pays parvenus à un grand développement industriel sont tous tenus maintenant de chercher une solution à la question sociale. La force impérieuse du suffrage universel les oblige de compter avec les revendications des populations ouvrières. Une résolution des démocrates socialistes présentée à la suite des motions soumises au Reichstag, nous l’avons vu, invite le chancelier de l’empire à convoquer une conférence des principaux états manufacturiers, afin de régler les mesures à prendre en faveur des ouvriers par voie de convention internationale. Cette idée d’une convention internationale pour l’organisation du travail trouve toutefois peu d’écho dans