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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/142

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chef d’établissement, le désir de soumettre les règlemens de cette espèce au contrôle de la police des fabriques n’a rien d’excessif.

Quant aux mesures pour l’organisation de l’état ouvrier dont les députés démocrates-socialistes aspirent à préparer l’avènement, elles ne supporteraient pas l’épreuve d’une application pratique. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le remarquable rapport de M. Lohren, déposé dans la séance du 4 février 1886, au nom de la commission spéciale des questions ouvrières en fonction depuis plusieurs années. Ce rapport, instructif à tous les titres, admet sans difficulté une participation plus large des ouvriers aux institutions appelées à soutenir les intérêts industriels et les droits particuliers des travailleurs. Dans cette voie, le gouvernement allemand a pris les devans ; et les lois sur les caisses de malades et sur l’assurance contre les accidens, en attendant les autres projets en perspective, tiennent compte de l’admission des ouvriers dans l’administration de leurs affaires. En revanche, le Reichstag est opposé et ne consentira pas à la formation d’institutions qui seraient un danger pour l’ordre social existant, comme le seraient des chambres exclusivement composées d’ouvriers et menaçant de devenir, à en juger par les actes de leurs promoteurs, des corps politiques exclusifs où l’agitation communiste prendrait la place des débats économiques. Ainsi, point de chambre ouvrière ni d’office du travail soumis à l’autorité de ces chambres, même en leur donnant une composition mixte, formée de patrons et d’ouvriers en nombre égal. Au cours des débats engagés devant le parlement, les démocrates socialistes ont consenti à la formation des chambres ouvrières, composées par moitié d’ouvriers et de patrons. Mais tout d’abord ils ont voulu y faire entrer exclusivement des ouvriers travaillant de leurs mains, et ils combattent à outrance l’admission des chefs d’établissemens dans les comités mixtes pour constater les accidens de fabriques, comités qu’ils continuent à accuser d’agir dans l’intérêt des employeurs au détriment des employés.

En somme, le grave débat engagé sous nos yeux sur la question sociale aura pour résultat, dans la grande industrie, une protection plus efficace des enfans et des femmes ; et en faveur des petits métiers et des artisans, une extension du droit ou du pouvoir des corporations. Au point de vue des socialistes, qui aspirent avant tout à l’édification de l’état ouvrier, les corporations sont une institution surannée, sans influence sur le bien-être des artisans, ne valant même pas le papier sur lequel sont écrits leurs statuts, en présence de la concurrence de l’industrie manufacturière et de l’exploitation capitaliste moderne. Quoi qu’il en soit de cette opinion, les syndicats professionnels organisés pour appliquer la loi d’assurance des ouvriers contre les accidens rendront néanmoins