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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/141

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fabriques et l’arrêt du travail, le chômage inévitable des ouvriers, et la ruine du patron dans tous les cas où l’industrie en question ne sera pas en état de supporter le salaire rendu obligatoire. Telle quelle, la fixation du salaire minimum obligatoire apparaît comme une utopie inapplicable d’une manière générale.

Il y a bien des industries où les salaires sont fixés par des tarifs établis de gré à gré entre ouvriers et patrons. L’association des typographes allemands en offre un intéressant exemple. Dans le cercle de Crefeld, les tisserands de soie ont aussi leur Lohnliste appliquée pour le travail à façon depuis 1848, et l’idéal politique des ouvriers occupés au tissage dans la province du Rhin se trouverait satisfait par l’extension de ce système. Mais des mesures réalisables par l’accord libre des intéressés d’une corporation professionnelle dans un district restreint ne se laissent pas imposer également à toutes les branches d’industrie sur la décision d’une chambre ouvrière composée d’élémens hétérogènes, comme dans l’organisation proposée par les députés socialistes. Aucun autre groupe du parlement n’a appuyé la demande relative au salaire minimum, et cela d’autant moins que les démocrates socialistes n’entendent pas établir des tarifs pour le travail à façon, mais taxer la journée de manière à assurer à tous les ouvriers un salaire égal, le même pour des services médiocres que pour un ouvrage de qualité supérieure. A leur avis, les tarifs à façon sont des salaires meurtriers : Akkordlohn ist Mordlohn, suivant la maxime en cours. M. Grillenberger a eu beau invoquer les traitemens des fonctionnaires, qu’il assimile à une sorte de salaire minimum garanti par l’état, le Reichstag est resté inflexible. En revanche, la majorité s’est montrée prête à concéder certaines dispositions sur les règlemens de fabrique, sous le contrôle des inspecteurs du gouvernement. Les abus relevés dans quantité d’établissemens, notamment en ce qui concerne l’application des amendes, justifient cette surveillance. Notons entre autres faits cités dans le cours des débats des prescriptions comme celle-ci : « Les ouvriers coupables de désobéissance envers leur chef subiront une retenue sur leur salaire égale à cinq journées de travail. » Et plus loin, dans le même règlement : « Le portier est autorisé à fouiller tous les ouvriers à la sortie de la fabrique aussi souvent que ban lui semblera. L’ouvrier qui découvre une infidélité et la dénonce recevra une récompense proportionnée. » Ce document débute par la déclaration que « les ouvriers promettent à leur patron attachement et fidélité en considération de l’assistance et de la sollicitude paternelle qu’ils ont à attendre de lui. » Une amende égale au montant de cinq journées de travail pour une légère contravention est bien rigoureuse. en présence d’une pareille interprétation de la « sollicitude paternelle » du