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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/132

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L’institution des chambres ouvrières, comme l’entendent les socialistes allemands, correspond à celle des chambres de commerce et des chambres syndicales françaises. Suivant ses promoteurs, les ouvriers ont le droit d’avoir, au sein de l’état, une représentation de leurs intérêts particuliers au même titre que les autres classes de la société. Au point de vue de la démocratie socialiste, la liberté d’association est une faculté désirable, à condition de s’étendre à tous les groupes de la production. L’état des choses présent, où la classe ouvrière, sans organisation à elle propre, se trouve livrée aux chambres de commerce et aux corporations, n’est ni juste ni tolérable. Cela étant, de deux choses l’une : ou bien toutes les représentations existantes d’intérêts particuliers sont à supprimer, ou bien il faut concéder également aux ouvriers la faculté d’une organisation légale analogue. De même que le commerce a ses chambres et l’agriculture ses comices, les artisans et les ouvriers des manufactures demandent à avoir leurs chambres ouvrières issues des suffrages des intéressés et appelées à statuer sur leurs propositions. Un office impérial, Reichsarbeitsamt, sorte de ministère du travail établi à Berlin pour tout le ressort de l’empire, aurait pour objet, à côté des chambres ouvrières, la surveillance et l’exécution des mesures à prendre pour assurer le bien-être des ouvriers par l’intermédiaire d’offices régionaux, Arbeitsämter, répartis par districts de 200,000 à 400,000 habitans. A la tête de chaque office de district se trouverait un conseil du travail ou Arbeitsrath, assisté du nombre nécessaire d’auxiliaires, parmi lesquels pourraient figurer des femmes dans les districts présentant des industries où l’élément féminin prédomine. Les conseillers du travail seraient nommés par le ministre, chef de l’office de L’empire, pour chaque district, sur une liste de deux candidats présentée par la chambre ouvrière du district. Ces conseillers du travail auraient à fournir annuellement, à l’office central de Berlin, un rapport sur les conditions du travail dans leur district, dont toutes les usines, tous les établissemens industriels seraient inspectés au moins une fois dans le courant de l’année. Des tribunaux, d’arbitres, Schiedsgerichte, formés en nombre égal de patrons et d’ouvriers dans les centres industriels, compléteraient l’organisation proposée pour juger en première instance les différends entre ouvriers et chefs d’établissement. Composées également par moitiés d’ouvriers et de patrons, les chambres ouvrières statueraient en dernier ressort sur les appels contre les jugemens des tribunaux d’arbitres, en même temps qu’elles appuieraient, dans leur tâche, les offices du travail des districts. Quant à la compétence particulière des chambres ouvrières, les promoteurs du projet soumis au Reichstag lui assignent