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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/101

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avec lui, pour se soustraire aux exigences des puissances belligérantes, la grande union allemande. La reine, sœur de l’archiduchesse Sophie, était l’ardente interprète de ses vues personnelles auprès de la cour d’Autriche. Mais ses vœux et ses doléances ne parvenaient pas à arrêter le cours des événemens.

Le marquis de Moustier ne se laissait pas troubler par les méandres de la politique prussienne. Il les suivait pas à pas, sans se décourager. « Notre position, écrivait-il, malgré la mobilité du roi, malgré les efforts de la Russie et d’une douzaine de ses partisans, se maintient et s’améliore. L’arrivée du prince de Prusse, dans quelques jours, sera pour nous une garantie de plus ; il n’est pas Russe, il serait plutôt Anglais, et comme nous avons l’Angleterre avec nous, il sera pour nous à cause d’elle ; mais, plus tard, j’espère qu’il sera avec nous pour nous seuls. Notre alliance avec l’Angleterre ferme la bouche à ceux qui se souviennent trop de 1813 ; elle nous est très utile comme transition. »

Notre position s’améliorait en effet ; la Prusse en était arrivée à comprendre le danger de son isolement ; elle signait avec l’Autriche, le 20 avril 1854, une convention de garantie mutuelle. On reconnaissait à l’Autriche le droit de requérir l’assistance de la Prusse pour couvrir ses opérations, dès qu’elle entrerait dans les principautés danubiennes. Dans les pourparlers, on prévoyait un mouvement offensif sur la Vistule ; les plénipotentiaires estimaient qu’en une campagne on pourrait prendre Modlin et Varsovie ; les généraux optimistes allaient jusqu’à discuter une marche sur Pétersbourg, avec l’appui des flottes alliées et de l’armée suédoise. La Prusse, par une convention militaire annexée au traité, s’engageait à mettre 150,000 hommes au service de l’Autriche pour la défense de ses frontières orientales ; les contingens fédéraux devaient être mobilisés ; il était stipulé qu’aucun corps d’armée ne serait porté du côté de l’ouest.

Le coup était inattendu pour ceux qui préconisaient l’alliance russe ; ce n’était pas ce qu’ils rêvaient. Le baron de Manteuffel était l’objet d’amères récriminations ; les chefs du parti de la Croix, le président de Gerlach et le feld-maréchal de Dohna, venaient dans son cabinet l’accabler de reproches.

Les adversaires de la Russie, par contre, étaient radieux ; déjà ils prévoyaient un changement définitif de système qui devait leur assurer le pouvoir. Le prince de Prusse ne les encourageait pas ; il persistait à se maintenir dans une grande réserve. Mais, au fond, il ne désapprouvait pas l’évolution que venait de faire le gouvernement du roi. « Le prince de Prusse, écrivait le marquis de Moustier, est au fond satisfait de la convention que le colonel de Manteuffel