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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/955

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des hôtes du Luxembourg, ne fût-ce que pour les punir de s’être mêlés indiscrètement de ce qui ne les regardait pas, de la dernière crise ministérielle. Les conciliabules radicaux, excitas par le combat, ont imaginé au plus vite une proposition qui, en attendant la suppression, dernier mot des réformateurs, réclame la révision de la loi électorale du sénat. Il y avait vraiment aussi quelques semaines ou quelques mois que la commission des affaires religieuses n’avait fait parler d’elle. Elle tient à regagner le temps perdu ; elle s’est hâtée de se remettre à l’œuvre avec une ardeur nouvelle, et elle ne tardera pas à aller exposer devant la chambre comment elle se propose d’assurer la paix religieuse par l’abolition du concordat, par la séparation de l’état et de l’église. C’est toujours la même chose. Réformer, réformer pour les radicaux, c’est agiter, c’est diviser et désorganiser, c’est se servir du pouvoir ou du parlement pour satisfaire des convoitises, des cupidités de clientèle ou pour assouvir des passions de parti et de secte. C’est là toute leur politique, et l’exemple le plus caractéristique de l’esprit que les radicaux mettent dans leurs œuvres est certes cette loi militaire, qu’ils se sont butés de jeter sur le chemin du nouveau ministère, où ils n’ont visiblement d’autre préoccupation que de poursuivre la guerre à l’église et de flatter des instincts de fausse démocratie.

Au fond, rien n’est plus évident, c’est le premier et le dernier mat de la loi ; c’est le grand secret, et cette discussion qui vient de su rouvrir, où les intérêts militaires ont été défendus avec un singulier éclat d’éloquence par M. le comte de Mun, avec autant de verve que de raison par un républicain comme M. Margaine, cette discussion ne laisse aucun doute sur l’esprit de cette œuvre de passion et d’incohérence. Assurément, l’organisation militaire de la France telle qu’elle a été faite ou refaite il y a quinze ans, les lois qui en ont été l’application et le complément peuvent ne pas avoir tout prévu et ne pas suffire à tout. Elles ont leurs imperfections ou leurs lacunes, elles ont pu aussi sur certains points être inexactement interprétées ou mal exécutées. L’expérience est faite ou elle se fait chaque jour ; elle montre ce qu’il y aurait à réformer pour rendre son élasticité et sa vigueur à la puissance militaire du pays. Ces lois, au lieu de les détruire, on pouvait les modifier, les rectifier, les perfectionner. C’était une œuvre de pratique patiente, attentive et réfléchie ; mais il est bien clair que l’intérêt militaire est malheureusement ce dont les promoteurs de la loi nouvelle s’occupent le moins, et rien ne le prouve mieux que cette sotte de spontanéité naïve avec laquelle s’est échappé le cri du cœur qui a accueilli le nouveau cabinet à sa première apparition devant la chambre : « Etes-vous ou n’êtes-vous pas pour l’exemption des séminaristes ? » Lorsque, ces jours derniers, M. le ministre de la guerre a voulu laisser entendre qu’en prenant tout le monde, il ne refu-