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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/951

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 juin.

Voilà donc qui est fait et dûment enregistré à l’état civil des pouvoirs éphémères qui se succèdent de nos jours : un nouveau ministère nous est né à la dernière heure de mai ! Quand on a eu tout essayé pour refaire un gouvernement dans le désordre d’une crise de décomposition ; quand M. de Freycinet, et après M. de Freycinet M. Floquet, et après M. Floquet M. de Freycinet, sans compter M. Duclerc et peut-être d’autres encore, appelés tour à tour, ont eu épuisé leurs combinaisons et laissé le terrain libre, M. Rouvier, président de la commission du budget, s’est présenté délibérément, sans hésiter et sans marchander.

Le pouvoir s’est offert à lui, il n’a point reculé, il a paru trouver l’aventure toute simple. Il est entré dans son rôle en homme de façons dégagées, d’humeur libre et ne doutant de rien. Il s’est chargé de tout, de procéder aux éliminations nécessaires, de former un cabinet nouveau et de tracer un programme. S’il a rencontré des difficultés et peut-être même des menaces, il n’en a tenu compte ; s’il a eu à essuyer quelques refus dans la recherche de ses collègues, il ne s’est point arrêté pour si peu, il a porté ses offres ailleurs. Il a poursuivi son œuvre avec la volonté de réussir, et il a réussi là où les autres avaient échoué : c’était pour le moment l’essentiel. M. Rouvier a eu son ministre de la guerre qui n’était plus M. le général Boulanger, son ministre de l’intérieur qui n’est plus un radical, son ministre de l’instruction publique et des cultes qui a défendu l’ambassade française auprès du Vatican, son garde des sceaux qui paraît assez sérieux pour se défendre du ridicule des investigations secrètes sur les femmes des