Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/950

Cette page n’a pas encore été corrigée


Ma mère qui n’est plus, le ciel en qui j’espère,
Les anges et les saints et Dieu non créateur
N’ont pas autant que toi de place dans mon cœur ;

et c’est Dieu lui-même qu’elle réclame pour accoucheur :

Sur le bord du chemin, c’est lui, ce Dieu virant
Qui dans ses bras ouverts recevra mon enfant !

Aussi bien le père de Vincent, moins modéré que celui de Claudie, a promis de la tuer si jamais ! .. Il faut qu’on arrête son bras pour qu’il manque à sa promesse. Le père de Sylvain, plus dur et plus violent sous le nom de maître Claude que sous le nom de Fauveau, chasse la pauvrette sans crier gare ; il repousse avec indignation une bru dont la dot n’augmenterait pas son domaine ; et, un moment après, quand son fils menace de passer outre, il ne parle de rien moins que de le détruire, ce domaine chéri : qu’on arrache la vigne 1 qu’on rase le verger ! les mûriers, les oliviers à bas ! le feu à la maison ! — Des mots ! des mots ! .. Je les donnerais tous pour un seul, échappé à la mère du héros, une bonne femme qui demeure dans la vraisemblance ; après avoir combattu, elle aussi, le mariage de son fils, comme elle intercède, ayant appris la grossesse de Vincenette, pour que le père y consente, maître Claude lui oppose son premier langage : « Ah ! tantôt, s’écrie-t-elle, je n’étais pas grand’mère. » — Si forcé ou renforcé, d’ailleurs, que soit un caractère, il peut se briser tout à coup, par commandement de l’auteur. Maître Claude, juste après ses imprécations, se radoucit comme par miracle ; à cette prophétie de Vincenette, qui somme Dieu de lui ouvrir les bras, il répond en ouvrant les siens… : est-il pris de la folie des grandeurs ?

Ainsi, M. Pierre Barbier, qui s’est efforcé de donner à ses personnages « un peu de vie et de vérité, » n’a pu leur en donner, malgré ce louable désir, autant que nous en trouvons aux personnages de George Sand. Et pourtant on a fêté sa Vincenette, et ce n’est pas seulement parce qu’elle est jouée à merveille par MM. Got, Albert Lambert et Laugier, par Mmes Pauline Granger et Reichenberg ; non, mais des vers gracieux et pimpans, des couplets fleuris et d’un facile essor sont les agrémens des rôles de Vincenette et de Sylvain ; et ce qui permet de mieux augurer encore de ce jeune poète dramatique, c’est que deux ou trois répliques de maître Claude, pour la probité de la langue et la carrure du rythme, ont rappelé aux amateurs la façon de M. Augier.


Louis GANDERAX.