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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/914

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I. ILES FIJI, TONGA, PITCAIRN, NORFOLK.


I

Quinze jours suffisent maintenant pour se rendre des côtes de la Manche aux rives du Pacifique, pour franchir à toute vapeur les onze cents lieues de mer qui séparent Le Havre de New-York et traverser l’Amérique du Nord. Il y a trente ans, il n’en était pas ainsi. Ce voyage exigeait près de six mois. Il nous en prit même davantage, cent quatre-vingt-dix-neuf jours.

Réservés aux courtes traversées, les navires à vapeur ne s’aventuraient pas alors à de grandes distances ; ils n’affrontaient ni les furieux coups de vent du Rio de la Plata, ni les tempêtes de l’Océan-Antarctique. Cette navigation lointaine était l’apanage exclusif des navires à voiles, qui, haut matés, lourdement chargés, descendaient l’Atlantique, fuyant devant les fortes brises du nord. Péniblement, ils débouquaient de la Manche, assaillis par les coups de vent au travers du golfe de Gascogne et du cap Finistère, louvoyant pour atteindre les îles Canaries. Là enfin ils rencontraient les vents alizés, qui, dans un parcours de douze cents lieues, règnent sur une mer d’ordinaire calme et bleue, et portent au large