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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 81.djvu/862

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impossible d’imiter nature en quoi que ce soit, que premièrement l’on ne contemple les effets d’icelle, la prenant pour patron et exemplaire. » Dès lors, on comprit pourquoi les sources sont inépuisables, puisqu’elles se renouvellent sans cesse par le jeu de forces permanentes : elles résultent d’une circulation souterraine, en quelque sorte symétrique, de la grande circulation aérienne de l’eau.

Les phénomènes violens, comme les tremblemens de terre, ont assurément le privilège de frapper l’imagination ; ceux qui viennent d’ébranler une portion du littoral méditerranéen de l’Italie et de la France en sont une preuve. Mais d’autres phénomènes, bien qu’ils se produisent lentement et en silence, ne sont pas moins dignes d’intérêt : tel est le mécanisme et telle est l’action si féconde des eaux souterraines, dont les sources sont la manifestation extérieure. A part l’utilité qu’elles offrent à l’homme, l’importance de leur étude est d’autant plus grande qu’elle ne s’applique pas seulement aux temps présens. Depuis que l’écorce terrestre existe, et pendant toutes les périodes de son développement, l’eau en y circulant, avec des températures parfois très élevées, a produit des effets considérables et divers, qui s’y sont en quelque sorte enregistrés d’une manière durable, et dont l’explication ressort surtout d’expériences récentes. C’est, en effet, cette circulation incessante qui a engendré un grand nombre d’espèces minérales.

Les fonctions actuelles des eaux souterraines nous occuperont d’abord, l’examen de leur rôle minéralisateur aux époques anciennes étant réservé pour une seconde étude.


I

De même que le cours des rivières dépend des formes extérieures du sol, de même le régime des eaux souterraines est une conséquence immédiate de la nature et du mode d’agencement des masses à travers lesquelles elles se meuvent.

Abstraction faite d’une couverture très mince de terre végétale, qui en est comme l’épiderme, l’écorce du globe terrestre se compose de matériaux auxquels on applique le nom de roches, lors même que, comme le sable et l’argile, ils sont de nature très peu cohérente. Toutes ces masses ont été formées successivement, pendant des périodes de très longue durée, et au milieu de circonstances dont elles portent en elles-mêmes des marques caractéristiques. Ce sont de véritables monumens qui, par leurs traits essentiels, retracent les évolutions successives de notre globe.

Les roches constitutives de la plus grande partie des continens sont dites stratifiées, parce qu’elles sont divisées en grandes